Pour moi la question ne se pose pas dans la mesure où j'ai toujours voulu être écrivain et que rien n'aurait pu m'en dissuader, ni les refus des maisons d'éditions, ni les conseils éclairés me disant de me « trouver un vrai travail », mais en discutant sur le net avec d'autres amoureux des livres, je me rends compte que très nombreux sont ceux qui ont renoncé à écrire leur roman ou à faire publier leur livre. Il est vrai que de la conception à l'édition, les obstacles sont légion.
Les éditeurs disent qu'il n'existe pas de chefs-d'œuvre inconnus, mais je n'en suis pas si sûr. L'histoire de la littérature, les journaux des écrivains ne racontent que trop souvent le cas d'un homme de génie demeuré dans l'obscurité, muselé par un pouvoir tyrannique, par les lois du marché ou par un décès prématuré... Je pense à Gaudi qui se fit écraser par un tramway avant de pouvoir terminer sa Sagrada Familia. Un ami de Mircea Eliade, un jeune écrivain roumain très doué, se fit écraser par un camion et ne put jamais écrire le chef-d'œuvre dont il faisait le rêve et qu'il était très certainement capable de réaliser.
Combien d'hommes de lettres sont ainsi morts avant d'avoir pu réaliser ce qu'ils portaient en eux durant toute leur vie ? J'ai trouvé cette citation de José Corti qui illustre parfaitement ma pensée à ce sujet : « Je pense avec mélancolie qu'il est des chefs-d'œuvre perdus, que d'autres le seront encore. Nul n'en connaît, nul n'en connaîtra jamais le nombre. Quelques voix manqueront toujours, celles que personne n'a voulu entendre ou qui n'ont chanté que dans une chambre close ; je rêve à ces manuscrits destinés pour les vers ou la hotte du chiffonnier. Misère de la misère et de la solitude... »







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