Littérature

Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /Jan /2009 00:49

Pour moi la question ne se pose pas dans la mesure où j'ai toujours voulu être écrivain et que rien n'aurait pu m'en dissuader, ni les refus des maisons d'éditions, ni les conseils éclairés me disant de me « trouver un vrai travail », mais en discutant sur le net avec d'autres amoureux des livres, je me rends compte que très nombreux sont ceux qui ont renoncé à écrire leur roman ou à faire publier leur livre. Il est vrai que de la conception à l'édition, les obstacles sont légion.

Les éditeurs disent qu'il n'existe pas de chefs-d'œuvre inconnus, mais je n'en suis pas si sûr. L'histoire de la littérature, les journaux des écrivains ne racontent que trop souvent le cas d'un homme de génie demeuré dans l'obscurité, muselé par un pouvoir tyrannique, par les lois du marché ou par un décès prématuré... Je pense à Gaudi qui se fit écraser par un tramway avant de pouvoir terminer sa Sagrada Familia. Un ami de Mircea Eliade, un jeune écrivain roumain très doué, se fit écraser par un camion et ne put jamais écrire le chef-d'œuvre dont il faisait le rêve et qu'il était très certainement capable de réaliser.

Combien d'hommes de lettres sont ainsi morts avant d'avoir pu réaliser ce qu'ils portaient en eux durant toute leur vie ? J'ai trouvé cette citation de José Corti qui illustre parfaitement ma pensée à ce sujet : « Je pense avec mélancolie qu'il est des chefs-d'œuvre perdus, que d'autres le seront encore. Nul n'en connaît, nul n'en connaîtra jamais le nombre. Quelques voix manqueront toujours, celles que personne n'a voulu entendre ou qui n'ont chanté que dans une chambre close ; je rêve à ces manuscrits destinés pour les vers ou la hotte du chiffonnier. Misère de la misère et de la solitude... »

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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 13:25

Je voudrais aussi profiter de mon voyage au Japon pour terminer un petit livre se présentant comme un anti-Amélie Nothomb (dont j'aime pourtant certains livres, j'aime mieux le préciser). J'avais lu Stupeur et Tremblements et j'avais été en effet stupéfait par son incompréhension totale du Japon. Tous mes amis japonisants ont partagé le même avis que moi. Il est assez incroyable qu'on la présente comme quelqu'un connaissant assez bien ce pays et il est tout à fait dommageable que le succès du livre ait donné une image tellement déformée du Japon. Je me souviens du passage où elle va réconforter sa supérieure hiérarchique partie pleurer dans les toilettes... Lorsqu'on connaît la peur proverbiale des japonais de « perdre la face », un tel comportement est absolument incompréhensible... Ce serait comme aller voir un lutteur de sumo et lui proposer des produits Weight watchers...

Enfin, je ne sais pas si je terminerais ce livre, car mieux vaut « édifier sa propre littérature » que passer son temps à critiquer celle des autres. J'avais d'ailleurs eu l'occasion de croiser il y a quelque temps Amélie Nothomb et je l'avais trouvée très sympathique, même si son histoire de fruits pourris est un peu ridicule... Dali pouvait faire le malin avec ses choux-fleurs car c'était un génie, mais l'excentricité qui n'est pas soutenue par un divin talent peut vite tourner au grotesque...

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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 01:08

Il y a quelques années de cela, j’ai eu une idée absolument géniale. Depuis, j’ai largement eu le temps de récupérer… J’ai aussi eu celui de déchanter. Comme d’autres rares bonnes idées, je m’étais rendu compte qu’elle n’était pas de moi (j’aurais pu m’en douter). En effet, j’avais envisagé avec quelques amis d’écrire un livre dans l’esprit « bibliothèque idéale ». En général, je n’aime guère ce genre de livre et n’en n’ai pas besoin pour m’orienter dans mes lectures, préférant me fier à mon instinct ou aux conseils d’autres lecteurs. Il n’empêche que j’ai celle de Pivot et deux ou trois autres du même genre… Seulement ma bibliothèque idéale était bien plus intéressante car elle n’était pas classée selon les pays ou les genres littéraires, mais d’après l’émotion ressentit par le lecteur. J’avais ainsi l’idée de créer un chapitre sur les livres à lire lorsqu’on a douze ans, lorsqu’on est triste, ceux à parcourir lorsqu’on est amoureux ou bien ceux à consulter lorsqu’on veut devenir chercheur d’or dans le grand nord… En fait, je me suis rendu compte que cette idée venait d’une lecture que j’avais faite autrefois et que j’avais en partie oubliée. C’est en relisant cette semaine le Fragmentarium de Mircea Eliade que j’ai trouvé le passage qui m’avait inspiré cette idée. Je la trouve très bonne et il est dommage qu’Eliade ne soit jamais allé jusqu’au bout, pas plus que moi et mon groupe d’amis lecteurs… Alors qui sait, peut-être que ce que j’écris va donner l’idée à certains de reprendre ce projet. Pour qu’il soit plus clair, je reproduis une partie du texte d’Eliade. Vous pourrez voir combien l’idée est bonne :

« Ce qui nous manque sur un plan général, c’est un « Manuel du parfait lecteur » où chacun, néophyte ou non, pourrait trouver l’information d’ordre intime que ne lui fournissent ni les encyclopédies ni les traités. Nous lisons au hasard, les livres qui nous tombent sous la main, que nous trouvons chez nos parents, chez nos amis, au lycée, à la bibliothèque. Nous lisons Dostoïevski avant Victor Hugo et Gide avant Renan. Nous arrivons à l’âge où ce vice doit être tempéré sans avoir connu certains grands livres de l’adolescence et de la première jeunesse. Ce n’est pas seulement notre « culture » qui en demeure incomplète, fragmentaire, fracturée, mais également l’expérience de notre âme, ce qui est bien plus grave.

Un « Manuel du parfait lecteur » pourrait nous éviter tous ces inconvénients, tout ce temps perdu et ces graves lacunes. On y trouverait des listes de livres par âges, par tempéraments, par saisons. Des livres que doit lire un adolescent, par exemple, ou un amoureux, ou un chasseur. Des livres pour l’automne, pour la nuit de la Saint-André, pour la semaine de Pâques, pour le solstice d’été. Il y a, entre les phénomènes cosmiques et les étapes de l’âme, une harmonie que fort peu d’entre nous découvrent à temps. Nous avons une « Anthologie de l’automne », mais pas d’informations précises sur la technique qui nous permettrait de méditer sur l’automne, de l’intérioriser, et de l’éliminer lorsque nous accable l’émotion qu’elle provoque en nous.

Je pense qu’un tel « Manuel » pourrait également contenir des informations moins sévères. Par exemple, ce qu’il faut lire quand on est triste, ou fatigué, ou en vacances ; ou quand on souhaite stimuler quelqu’un, lui remonter le moral, etc. »


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