Samedi 7 août 2010
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Un livre mal écrit peut-il faire un bon roman ? Cette interrogation qui sent un peu son sujet de dissertation
française me fait penser à ce qu’écrivait Flaubert à Louise Colet : « Quel homme eût été Balzac, s’il eût su écrire ! »
Voilà quelque chose qui me fait bondir. Qu’est-ce qui lui prend à Tatave de s’en prendre à mon cher Babal ? Enfin,
cela ne me surprend guère, les génies de la littérature ont toujours eu un peu de mal à reconnaître les qualités des confrères…
D’ailleurs, cela s’applique aux autres artistes, comme Cézanne par exemple : « Il n’y a qu’un peintre au monde,
c’est moi ! »
Enfin, revenons à ce dont je veux parler, le livre de Thierry Cohen, J’aurais
préféré vivre, que je viens de lire. Si j’ai parlé d’écriture, c’est à cause de cette phrase marquée en quatrième de couverture : « Si vous aimez Guillaume Musso, vous craquerez
pour Thierry Cohen ». C’est tourné de façon à laisser entendre que c’est une qualité de ressembler à Musso, ce qui m’a tout de suite prévenu contre ce que j’allais lire, au point que
j’imaginais déjà le titre de mon article-fiche de lecture : « J’aurais préféré ne pas le lire ».
Eh bien, je suis obligé de reconnaître que j’ai eu tort.
Pas au niveau du style puisque cela me rappelle un peu ce que disait François Busnel de Marc Levy (romans de plage écrits
avec 150 mots) ce qui n’est pas en soi un problème, j’ai lu un ou deux Musso avec plaisir, je savais que ce n’était pas littéraire mais cela m’allait puisque je demandais juste une distraction,
une évasion, et non un enrichissement intellectuel. Le problème avec le roman de Cohen, c’est qu’il a obtenu le grand prix Jean d’Ormesson pour sa capacité à défendre la langue française, ce qui
me semble complètement ahurissant et presque aussi scandaleux que le prix de l’Académie française autrefois décerné à Amélie Nothomb pour Stupeur et
tremblements, le livre le plus riche en contrevérités sur le Japon depuis les romans de Pierre Loti.
Enfin, pour revenir à la quatrième de couverture du livre, il y avait aussi cette phrase : « […] soupoudré d’un
suspense tellement tenace que vous ne pourrez pas le lâcher ! ». Et je dois dire que c’est vrai. En gros, j’ai vraiment aimé ce livre. Et ce malgré ce que j’ai dit plus haut. Ce qui
finalement n’en rend le compliment que plus riche. Il est très bien fait, très intelligent dans sa construction et d’un suspense qui tient vraiment en haleine. C’est aussi une réflexion sur
l’existence humaine, sans pour autant être aussi profond que Paulo Coelho et BHL. C’est vrai qu’il est écrit à la façon Musso-Levy (lire l’excellent Et
si c’était niais ?, de Pascal Fioretto), mais là, en l’occurrence, cela sert plutôt le récit qui est très prenant.
C’est donc un bon roman, puisqu’il a rempli sa mission première qui est de raconter une histoire apte à nous captiver. Je
m’aperçois donc que je ne suis pas entièrement obnubilé par le style même si j’estime que le plaisir à lire une page de Proust ou de Maupassant me procure une satisfaction infiniment
supérieure.
Enfin, en ce qui me concerne, je vais quand même me faire plaisir cette année en écrivant un roman au style
particulièrement raffiné, en peaufinant chaque phrase, comme disait Alphonse de Lamartine, aux petits poils du cul…
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