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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 00:15

17 heures 30. Fermeture des bureaux. Trophime Abramovich s’assure que tout est en ordre. D’un pas mesuré, il se dirige vers l’unique vasistas afin d’en vérifier le verrouillage. Puis il passe devant l’ordinateur, jette un coup d’œil et s’assure que tout l’appareillage électronique est éteint. Il se place devant le bureau et scrute d’un œil implacable l’agencement de son coin travail. Il hausse un sourcil, déplace d’un millimètre vers la droite son sous de main, tourne les capuchons de ses stylos dans le même sens et tire trois fois sur son tiroir pour vérifier que celui-ci est bien fermé à clé. Dubitatif, il glisse une petite clé dans la serrure, ouvre le tiroir, referme le tiroir et verrouille à nouveau avec la petite clé. Il tire trois fois sur le tiroir qui reste clos et affiche afin l’esquisse d’un sourire satisfait. Toujours d’un pas mesuré, c’est-à-dire trois pas et demi, il se dirige vers la sortie de son bureau, appuie sur le commutateur trois fois afin d’éteindre, de « fermer la lumière » a-t-il coutume de dire, verrouille la porte, et tire trois fois sur la poignée afin de vérifier l’inviolabilité de son lieu de travail.

17 heures 34. Trophime Abramovich franchit le seuil du bâtiment administratif. C’est un homme content. Pas exagérément heureux, juste heureux d’avoir rempli son devoir de bureaucrate. Une journée qui lui a donné une entière satisfaction. Une journée d’un labeur pénible et répétitif mais sans aucun imprévu. Sans surprise, car ce qu’il n’aime pas justement, ce sont les imprévus. D’une rigueur exceptionnelle, d’une ponctualité exemplaire, d’une efficacité légendaire, le sous-directeur de service Abramovich est particulièrement bien noté de ses supérieurs. La seule chose qu’on pourrait éventuellement lui reprocher, c’est son caractère quelque peu distant vis-à-vis de ses collaborateurs. Prendre un café ne fait pas partie de sa planification et se rendre à la machine à café, serait gaspiller inutilement 7 minutes de temps utile. Quel moyen après de les rattraper ? Pas question de tout décaler juste pour faire œuvre de sociabilité. Abramovich incarne l’efficacité froide et implacable. Après tout, ce n’est qu’une machine, une machine humaine, payée aux pièces, sans états d’âme, ne connaissant que le rendement dû à l’employeur comme objectif syndical.

17 heures 37, Trophime Abramovich a atteint le parking et se dirige vers sa voiture. Toujours d’un pas mesuré. Il pourrait marcher un peu plus vite mais il a calculé que le temps gagné par l’accélération du rythme était somme toute négligeable et risquait de produire une réaction chimique désagréable appelée « sueur » dont la principale manifestation physiologique connue était de ternir l’éclat du col blanc de ses chemises. Car cet homme, après l’imprévu, avait une hantise absolue de ce qui était sale. En gros, tout ce qui était sale, en désordre et imprévu terrifiait cet employé modèle. Sa vie ressemblait à une chambre propre et vide. Pas de poussière, mais pas de livres non plus. Rien qui pourrait le distraire de son conformisme intellectuel, pas de bruit, pas de rires d’enfants, un lit au carré, mais pas de femme.

Ce dernier point était sans doute le seul sur lequel Monsieur le sous-directeur daignait parfois réfléchir. L’idée d’avoir à rompre l’agréable et douce monotonie de son existence le faisait frémir d’effroi mais en même temps, au fond de son âme amidonnée se faisait sentir le besoin d’une présence féminine. L’ordre légendaire de la femme, l’efficacité mythique de la ménagère… Il se voyait déjà mitonnant des petits week-ends thématiques : récurage à fond de la salle d’eau, shampouinage de la moquette, nettoyage des vitres, astiquage des poignées de portes, et avec tout ça, des moments forts : grand nettoyage de printemps, grand nettoyage d’hiver…

C’est ce à quoi rêvait notre homme en se dirigeant vers sa voiture. Il rêvait doucement, car c’était quelqu’un de posé, même dans ses désirs. Et puis soudain, se passa quelque chose qui n’aurait pas dû se passer. Un frisson glacé lui parcouru l’échine. Entre lui et sa voiture venait de se produire un phénomène inexpliqué. Un événement inexplicable. A quelques mètres devant lui, venait en sens inverse une jeune femme qui allait dans sa direction. Théoriquement, elle devait parvenir à sa hauteur sans même lui jeter un regard, le dépasser en l’ignorant et continuer après cela toujours dans l’ignorance de ce qu’il avait existé et de ce qu’il avait un moment respiré dans la même sphère proxémique. Mais là, quelque chose n’allait pas, ce n’était pas normal, ce n’était pas logique : cette jeune femme LE regardait, plus incroyable : elle LUI souriait !

Et l’un le monde logique, rationnel et ordonné de Trophime Abramovich s’effondra en un chaos sans nom. Que faire, que dire, que penser ? Cerveau cortical et cerveau limbique se mirent en ébullition. En un fragment de secondes, les neurones établirent des connexions jusqu’alors inconnues, cherchèrent à identifier la jeune inconnue. Etait-ce une ancienne camarade de promo, une assistante quelconque, une voisine, une cousine ? Les questions se chevauchaient et, comble de l’horreur, notre Trophime commença à transpirer sans même avoir trouvé une seule réponse logique. La jeune femme approchait à son niveau, que faire ?

Alors Trophime Abramovich fit ce qui était le plus logique de faire, il esquissa un vague sourire, un de ces sourires de semi-connivences, passe-partout, qui semblent dire à la fois « bonjour » à une voisine, « comment ça va ? » à une collègue, et « ah tiens ça fait longtemps ! » à une connaissance. La jeune femme le dépassa. Un doute s’insinua en son esprit, aurait-il dû lui serrer la main ? Il se retourna, ce qui ne lui arrivait jamais, et constata que l’inconnue avait fait de même. Un moment d’hésitation. Souhaitait-elle lui parler ? Devait-il aller vers elle ? Lui tendre la main. Il cru un instant qu’elle lui tendait effectivement la main. Alors, il se mit vraiment à paniquer. Dans sa main droite, il avait les clés de sa voiture, et dans sa gauche, sa serviette contenant quelques documents d’importance. Comment faire ? Transférer ses clés dans sa main gauche contenait des risques, il pouvait faire tomber sa précieuse serviette, en outre l’opération prendrait du temps. Lui serrer quand même la main avec celle qui tenait les clés ? Délicat et incorrect. Tendre un doigt ? Impoli.

Plus il réfléchissait, moins il voyait de solution. La jeune fille attendit quelques instants, comme suspendue à ce qu’il allait faire. Aussi Trophime Abramovich ne fit rien. Ou plutôt, il se retourna vers sa voiture, ouvrit la porte, s’engouffra à l’intérieur, démarra et partit.

 

 

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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /Juin /2009 00:09

Il était une fois trois amis unis particulièrement proches. Comme ils s'entendaient particulièrement bien, ils avaient fini par devenir colocataires d'une petite maison de campagne. Pourtant ces trois jeunes gens étaient de caractères et d'allure très différentes. Le premier était maigre, sans énergie et dépressif mais faisait preuve d'une grande douceur et d'une grande gentillesse avec ses amis qui l'aimaient profondément. Le second était bâti en colosse, c'était quelqu'un de très fort mais un peu brutal et très impulsif ; ses amis l'admiraient et le craignaient un peu. Le troisième était une sorte de mélange des deux premiers ; il semblait d'une composition assez fragile et souffrait réellement d'une maladie chronique mais était soutenu par une volonté d'acier qui lui valait l'estime affectueuse de ses compagnons.

Comme il arrive lorsque des gens se sentent unis par un même lien de confiance, ils se mirent à faire des projets en commun et le premier de ces projets fut d'acheter à trois, chaque semaine, un billet de loterie. Ils avaient prévu bien sûr de se répartir également les gains au cas où ils gagneraient, mais cela leur semblait tellement hypothétique que leur jeu hebdomadaire était vite devenu une routine amusante, une sorte de symbole de l'harmonie qui régnait entre eux. Ils ne cessaient avant chaque tirage d'imaginer ce qu'ils feraient de leur gain. Le premier pensait s'offrir une croisière à bord d'un paquebot de luxe avec une multitude d'employés dont le seul travail consisterait à prendre soin de lui et à répondre à ses moindres désirs. Le second envisageait de faire le tour du monde, voir tous les pays, vivre une aventure unique pleine de dangers et de fantastiques découvertes. Le troisième voulait partir dans un sanatorium en Suisse afin de s'y refaire une santé et de reprendre sa vie en main, le sanatorium le plus cher et le plus prestigieux, réservé en théorie aux princes héritiers, aux membres de la très haute bourgeoisie européenne ou aux fils des émirs du pétrole. Si tous leurs rêves reflétaient réellement leur personnalité et étaient sensiblement différents, ils ne manquaient jamais d'y associer leurs amis. Bien sûr, ce n'était que des rêves mais tous prenaient plaisir à imaginer cet avenir radieux où chacun verrait ses désirs les plus fous enfin réalisés. 


Enfin, ce genre de chose n'est pas rare mais ce qui fut marquant dans ce cas là, c'est qu'effectivement ils finirent par toucher le gros lot. Une super cagnotte de plusieurs dizaines de millions d'euros. Ce qui avait été tellement espéré était tellement inespéré qu'on imagine facilement la joie délirante de nos amis. Evidemment, ceux qui ont une confiance très limitée en l'homme et en l'amitié seront certains de voir nos trois compères oublier tout d'un coup les liens d'amitié et de confiance tissés entre eux après toutes ces années et s'entredéchirer pour la possession unique de ce morceau de papier. Pourtant cela n'arriva pas. On posa le billet bien au milieu de la vieille table du salon puis on sortit toutes les bouteilles qu'on put trouver dans la maison. Bien sûr ils avaient en réserve une bouteille de Champagne pour une occasion comme celle-ci, mais elle fut insuffisante pour étancher leur soif de célébrer ce moment de folie. On se mit à attaquer tout ce qui pouvait ressembler à une boisson alcoolisée et l'espace d'une nuit ils burent à eux trois la bouteille de Champagne, leur infâme piquette qui servait de vin de table, un fond de Cointreau, une fillette de whisky, une bouteille de vodka trouvée sous l'évier et une bouteille d'eau de vie offerte par un voisin et dont ils n'étaient jamais parvenus auparavant à boire plus de l'équivalent d'un dé à coudre. On imagine bien que leur petite soirée festive fut tout à fait réussie.

Le réveil, un jour plus tard, le fut nettement moins. Les trois amis avaient retrouvé assez d'esprit pour se rendre compte qu'une chose clochait. En général ils étaient assez insouciants pour ne pas s'affliger de ce qu'ils considéraient comme des détails sans importance et ne se laissaient jamais distraire par les petites contrariétés de l'existence ; mais là, c'était différent car leur précieux billet avait évidemment disparu.


Est-ce qu'un des trois aurait commis une incroyable indélicatesse ? C'était impossible. Ils se connaissaient trop pour se soupçonner et la somme était tellement faramineuse qu'on pouvait la diviser par trois, par six ou même par dix sans que cela fasse sourciller le plus avaricieux de gagnants. Non, le billet ne pouvait qu'être tombé quelque part.

Alors on chercha. On chercha sur la table, parmi les cadavres de bouteilles. Sous la table, parmi d'autres cadavres de bouteilles. On s'énerva, fouillant furieusement partout. Puis on se calma, prospectant scientifiquement chaque endroit où le précieux papier aurait pu se trouver. On se questionna mutuellement, n'avait-on pas par inadvertance rangé le billet quelque part ? On chercha alors dans les tiroirs, dans les placards, et même dans les vêtements. Parfois, l'ombre d'un soupçon se leva, mais on s'efforça de l'ignorer. Une telle duplicité ne pouvait avoir sa place dans le groupe qu'ils formaient. Après une semaine de recherches intensives, on n'avait toujours rien trouvé.

La deuxième semaine de prospection n'apporta rien de plus. Personne n'était sorti de la maison et l'on s'était occupé exclusivement de la traque du billet perdu.

La troisième semaine, il fallut se résigner à rependre ses activités habituelles. Chacun était d'accord sur le fait que le billet devait bien être quelque part, on s'accordait encore à penser qu'il s'était égaré dans un endroit où leurs efforts ne les avaient pas encore conduits. On décloua certaines lattes du parquet. Toujours rien.

La quatrième semaine de recherches infructueuses finit par peser trop lourdement sur les esprits déjà très éprouvés. Le premier ami, le plus faible, s'effondra complètement. Il craqua psychologiquement, comme on pouvait le craindre de la part de quelqu'un sujet à la dépression, mais ce qui fut plus surprenant c'est qu'à ce moment-là, les deux autres amis reportèrent sur lui toute leur rancune et ne cessèrent dès lors de lui faire les reproches les plus cruels et les plus injuste. A croire qu'il était l'unique responsable de ce fiasco. Puis on se permit même de le soupçonner ouvertement. Sa dépression n'était-elle pas feinte afin d'éloigner de lui les soupçons ?


La cinquième semaine apporta la preuve que la dépression de leur ami n'était pas feinte. Ses amis le trouvèrent pendu au plafond. Ils eurent immédiatement l'idée que c'était peut-être un crime déguisé en suicide et se montrèrent une extrême méfiance réciproque. Chacun commençait à se demander si l'autre n'était pas responsable du crime et n'était pas par la même occasion le voleur du billet.

Pourtant, on trouva un mot écrit par leur ami dans lequel celui-ci les accusait d'avoir comploté contre lui et de l'avoir poussé au suicide. D'après lui, c'étaient eux deux qui avaient subtilisé le billet et avaient imaginé toute cette histoire de disparition dans le seul but de se débarrasser de lui. Le mot, d'ailleurs en grande partie assez confus, semblait réellement écrit de la main du disparu dont on reconnaissait volontiers l'écriture et l'esprit de paranoïa délirante. Cependant, même après que les autorités aient elles-mêmes constaté qu'il s'agissait bel et bien d'un suicide, le doute qui avait été semé dans leur esprit, l'idée d'une machination infernale, ne cessa dès lors de cheminer et de croître  lentement en eux.

Pourtant, il se passa encore un mois entier sans qu'aucun élément nouveau ne vienne troubler encore plus une atmosphère particulièrement tendue. Les deux amis décidèrent de se séparer. On allait rendre la maison aux propriétaires, vendre les quelques meubles qui leur appartenaient en commun, se partager les économies et partir chacun de son côté. Evidemment, chacun se promettait de garder un œil sur  l'autre en cas de changement subit de niveau de vie.


Ce fut à ce moment précis que le billet fit sa réapparition.


L'histoire du suicide de leur ami avait été relayé par tous les journaux du coin et apparemment peu de personnes semblaient intéressées par l'achat de leur pauvre mobilier, aussi, en désespoir de cause, on se décida à sortir de la maison tout ce qui n'avait pas pu trouver d'acquéreur et de faire ainsi, dans le jardin, une sorte de brocante improvisée. Ce fut juste au moment où ils sortirent la lourde table en bois sur laquelle ils avaient fastueusement célébré leur éphémère bonne fortune qu'ils se rendirent compte de l'injustice qui avait été la leur à l'égard de leur troisième ami.

En basculant la table sur le côté pour lui faire passer la porte, un mince bout de papier qui avait dû se glisser, on ne sait comment, dans une fente du bois, venait de s'échapper et de tomber sur le sol. Ils n'eurent pas besoin de se pencher pour comprendre qu'il s'agissait du billet tant recherché. Ils se regardèrent longtemps en silence, se rappelant tout d'un coup combien avait été précieuse leur ancienne amitié. Ils n'eurent pas besoin de parler pour deviner à quoi pensait l'autre. Ils se revoyaient tous les trois assemblés autour de cette table, unis par le sentiment réconfortant que leur belle amitié serait éternelle...

On ramassa le billet, rentra la table et les autres meubles. On annula la brocante et appela les propriétaires pour leur annoncer qu'on gardait la maison pour quelques mois encore. Ceux-ci, bien qu'un peu surpris, se montrèrent enchantés : personne n'avait voulu d'une maison où il y avait eu un mort.

Les deux amis remirent le billet sur la table. Il était toujours valable et ils se trouvaient donc une nouvelle fois multimillionnaires. La veillée fut cette fois fort triste. On but un peu, pour se souvenir et pour « marquer le coup ». Par souci d'équité, mais peut-être plus encore par culpabilité, on décida d'envoyer un tiers de la somme à la famille de cet ami. Puis ils allèrent se coucher, laissant là le fameux billet.


Si la soirée fut triste et morne, la matinée fut beaucoup plus agitée : le billet avait de nouveau disparu ! Les deux amis se regardèrent bizarrement. Quelle malédiction les touchait donc ? D'un seul geste, ils se jetèrent sur la table, la bousculèrent sur le côté mais cette fois-ci rien ne tomba. Cela n'était pas suffisant, l'ami le plus costaud se saisit d'une hache et entrepris consciencieusement de démolir la table. Toujours rien. Par terre non plus. Le billet ne pouvait avoir disparut une deuxième fois. Les deux amis, qui autrefois avaient souvent eu en même temps les mêmes idées, eurent cette fois-ci encore la même pensée : cela ne pouvait être que l'autre qui s'en était emparé. Ils étaient nerveusement très ébranlés car cette pensée se fit en eux avec une force et une évidence qui rien ne pouvait confirmer mais qui les poussèrent d'emblée à considérer l'autre comme un véritable criminel.

L'ami qui venait d'inspecter en vain le sol de la pièce leva les yeux vers celui qui avait fendu la table à grands coups de hache. Celui-ci tenait encore dans la main son outil qui pouvait tout aussi bien être une arme redoutable. Ce qui arriva alors, fut tout aussi prévisible qu'inattendu. Celui qui était désarmé se saisit d'un couteau qui traînait dans la cuisine et le plongea avec détermination dans le ventre de son ami.

Mieux valait tuer qu'être tué !

Son avocat tenta bien de présenter ce geste comme étant de la légitime défense mais les jurés durent penser que ce n'était là qu'un acte ignoble poussé par des pensées crapuleuses. Le troisième ami et dernier survivant fut donc emprisonné. Il fit aussitôt appel, fermement décidé à sortir de prison afin de trouver où son ami avait caché le billet gagnant. Il savait qu'à la morgue on n'avait rien trouvé sur lui, si toutefois on pouvait faire confiance à des agents municipaux sans doute sous-payés et qui pouvaient à l'occasion délester quelques clients dont personne n'entendrait jamais la plainte. Peut-être faudrait-il aussi qu'il leur rende une visite... Enfin, comme tout ceci l'agita beaucoup, sa maladie empira et une embolie finit par mettre un terme précoce à toutes ses inquiétudes.


Que les employés de la morgue soient rassurés, personne ne pourra désormais mettre en cause leur intégrité car le billet gagnant fit à nouveau une apparition miraculeuse. Un promoteur avait fini par racheter la « maison maudite » et plusieurs équipes s'étaient succédées pour démolir le bâtiment afin d'y construire à la place un vaste complexe sportif. Comme un des menuisiers chargés de démolir le parquet et de conserver ce qui pouvait être récupéré fit soudainement l'étalage d'une fortune colossale, certains en tirèrent aussitôt des conclusions brillantes et évidentes et l'homme en question, harcelé de toutes parts, finit par avouer avoir trouvé le billet entre deux lattes de plancher qui avaient dû être déclouées puis mal rassemblées.

Commencèrent alors de nombreux procès concernant la propriété juridique du billet. Les proches des trois amis, les anciens propriétaires de la maison, le promoteur et le menuisier s'affrontèrent alors dans ce qui fut à l'époque un procès fleuve. Procès que gagna finalement le menuisier, juste avant de disparaître à son tour.


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Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 11:42

Tant que l'impossible reste probable, on peut être certain qu'il va se produire... Voilà le genre de pensées un peu confuses qui agitaient le cerveau embrumé de Trophime Abramovitch. Ce dernier était encore tout étonné de se retrouver à trois heures du matin au beau milieu d'une rue de Paris. Son ami chancelait sur le trottoir à quelques mètres de lui, tenant des propos incompréhensibles.

Comment en était-il arrivé là ?

Trophime essayait de faire un effort de mémoire, mais cela lui était extrêmement difficile et douloureux. Il se souvenait vaguement avoir rencontré cet ami de lycée alors qu'il déambulait comme de coutume dans sa bonne vieille ville d'Angers. Il s'était attendu à quelques considérations sans importance sur le temps qui passe et les inévitables questions du genre « qu'est-ce que tu deviens », mais rien de tout cela. Cet ami semblait bien indifférent à ce genre de chose. Tout juste un : « tiens mais c'est ce vieux atrophime ! » A vrai dire, ce mauvais jeu de mot le replongea aussitôt à l'époque déjà lointaine du lycée où déjà on ne s'intéressait guère à lui. En fait, il était une sorte de figurant, de faire-valoir. Il était assez lucide pour s'en rendre compte mais assez lâche pour l'accepter. Et il avait suivi placidement cet ami dans quelques aventures qui finalement constituaient encore maintenant le seul piment de son existence résolument morne et sans relief.

Et il l'aimait ainsi.

Alors pourquoi avoir accepté d'aller boire quelques verres avec cet ami qui n'en n'était plus un depuis longtemps ? Sans doute par une déplorable absence de courage et une navrante paresse. Refuser l'invitation et trouver des excuses pour cela auraient demandé trop d'efforts. Et voilà comment il se retrouva entraîné à s'enivrer. Deux verres après, il était déjà saoul. Il ne résistait à rien, pas même à l'alcool.

Ce qui se passa ensuite était un peu confus et vague. Il se souvenait avoir pris le train pour Paris, s'être promené dans un nombre incalculable de rues, être entré dans un musée, avoir fait un tas de choses folles... Et puis la nuit était tombée, ils avaient continué à marcher, les seules pauses étant pour se désaltérer de boissons aux couleurs toujours plus exotiques et aux effets plus terribles encore.

Et maintenant il savait pourquoi il marchait au beau milieu de se boulevard.

Un pari stupide.

« Trophime, t'es rien qu'un idiot. Un idiot sans courage. Ce qui est pire encore. Tu devrais te lâcher, au moins une fois dans ta vie ».

Que répondre à cela ? Il ne voyait pas trop l'intérêt de discuter. Et puis, en considérant l'état de son ami, c'était sans doute un peu risqué de le contrarier.

« Rebelle-toi, bon sang ! Fais un truc de fou ! Arrête de me suivre. Cesse de marcher bêtement sur le trottoir. Va au milieu de la rue. Prends des risques ! »

Et Trophime, avec le courage des lâches, s'était exécuté. A cette heure avancée, il n'y avait guère de circulation dans ce quartier et il s'était dit qu'il pouvait survivre quelque temps au beau milieu de cette rue, de ce boulevard, de cette avenue...

Bien sûr, ce que n'avaient pu prévoir Trophime et son ami, c'est qu'au même moment venait en face d'eux, à toute allure, une voiture folle conduite par un jeune homme complètement saoul auquel son ami, le passager, tenait grosso modo le même discours : « Arrête d'être con et de faire tout le temps ce qu'on te dit ! Regarde-moi ce trottoir, large comme une avenue ! Pourquoi rouler bêtement sur la route alors que pour une fois dans ta vie tu peux faire quelque chose de dingue. Rouler sur le trottoir en renversant les poubelles ! »

Et voilà comment le seul acte de rébellion que Trophime accomplit dans son existence lui sauva la vie. Son ami fut-il confondu avec une poubelle ? La voiture folle, venue d'en face et roulant malencontreusement sur le trottoir le heurta avec toute la violence qu'on devine. Ce jeune homme qui avait fait les quatre cents coups aux quatre coins du monde, qui avait risqué mille fois sa vie dans les aventures les plus folles, qui avait agressé à main nue des lutteurs de sumo au Japon, qui était partie en Colombie pour kidnapper le chef des FARC, qui avait vendu de la farine à un dealer de Harlem et s'était ensuite incrusté sur un plateau télé pour critiquer la poésie de Francis Lalanne... ce jeune homme venait de mourir d'avoir bien sagement marché sur le trottoir...

Mais Trophime, tout enivré qu'il était, ne pouvait se rendre compte de l'état réel de son ami. Les premiers moments de stupeur passés, il se mit à réfléchir à ce qu'il convenait de faire. La réflexion lui étant finalement impossible, il décida de passer en mode action. Téléphoner aux urgences. Mais comment faire, lui qui avait toujours été réfractaire à la technologie des téléphones portables ? Chez lui, il avait encore un poste dont il fallait tourner le cadran pour composer les numéros... Prévenir quelqu'un, voilà la solution. Personne dans la rue. Frapper aux portes. Trophime s'arma de son courage et du morceau de pare-choc qui s'était détaché au moment de l'accident et s'appliqua à frapper méticuleusement le premier volet qu'il trouva à sa portée. Bizarrement, il ne lui était pas venu à l'esprit qu'il aurait été sans doute plus convenable et efficace de sonner normalement à une porte.

Le volet céda.

Trophime entra.

C'était une intrusion avec effraction, mais bien évidemment, cette notion de droit pénal échappa à complètement à notre ami que l'affolement provoqué par l'accident avait rendu encore plus déboussolé que les nombreux verres absorbés tout au long de cette terrible journée.

La pièce dans laquelle il entra après avoir enjambée la rambarde ne semblait pas avoir de téléphone. Il regarda bien partout. L'obscurité de l'endroit et de son cerveau ne permettait guère d'apercevoir quoique ce soit. Au hasard, il ouvrit un tiroir. Peut-être y avait-il ce qu'ils appellent un téléphone portable... Non, rien que des photos... Des photos... Trophime, qui de coutume ne sortait jamais de chez lui, adorait les photos de vacances. Il ne put donc s'empêcher d'y jeter un œil...

Aussitôt, il comprit qu'il n'était pas entré ici par hasard.

Trophime Abramovitch était philosophe. Particulièrement lorsqu'il était saoul. Il comprenait enfin le sens caché de cette incroyable journée. La rencontre fortuite avec cet ami, les verres bus ensembles, son périple à Paris, cet accident de voiture, son intrusion dans cette pièce... Tout devait être lié ensemble. C'était un peu comme si on lui avait donné une mission. En regardant ces photos, il comprenait enfin la raison de tout cela. Il devait protéger l'intimité de cette femme qui se dévoilait sur tous les clichés qu'il avait sous les yeux. Il passait assez souvent devant le petit kiosque du boulevard Foch et avait passé assez de temps à regarder l'air de rien la couverture des journaux à scandales pour savoir qu'il avait sous les yeux la première dame de France. Il en oublia aussitôt son ami qui d'ailleurs devait déjà être mort. Il n'y avait désormais plus qu'une seule chose qui comptait : mettre ces clichés à l'abri. Il ne voyait que son appartement, un endroit où personne ne venait jamais et où les journalistes et autres paparazzi n'auraient jamais l'idée de venir... Trophime se saisit donc du paquet de photos, enjamba à nouveau le fenêtre et se perdit dans les rues de Paris, tout heureux de participer à l'histoire de France et d'enrichir son petit musée personnel qui comprenait déjà un bouquet de fleurs séchées et une statuette khmer du XIV° siècle...


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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 00:42

Il était dix heures. Un homme accompagné d'un jeune enfant, poussa la porte de la piscine du centre de remise en forme. L'homme, en maillot de bain, était d'une certaine corpulence et faisait un contraste étrange avec l'enfant frêle, agile mais revêtu d'un survet de sport et piochant dans un sac en papier ce qui paraissait être son petit déjeuner. Il n'avait manifestement aucune intention d'aller nager. L'eau ne le tentait pas et il préférait rester bien sagement sur le bord à regarder son père faire des allers retours sur la longueur du bassin pendant qu'il grignoterait des cornes de gazelles, friandise marocaine dont il raffolait. Il tolérait d'autant mieux de rester à ne rien faire qu'il savait que tant que son père serait à nager, il pourrait se croire tranquille car celui-ci ne viendrait pas lui dérober ses pâtisseries favorites. En effet, le père également était friand de ces cornes de gazelles et ses lèvres encore luisantes de graisses témoignaient assez bien qu'il n'avait pas manqué de s'en repaître avant sa natation matinale.


D'une salle mitoyenne leur parvenaient les échos rythmés d'un cours de fitness. L'homme haussa les épaules pensant qu'il était bien plus intelligent et bien plus agréable de nager tranquillement dans le bassin plutôt que de se livrer à ces exercices violents, pour lui un véritable supplice, une torture souriante qu'on appelait avec un euphémisme cynique « gym pleine forme ». Par ailleurs, il se voyait mal, lui et ses cent sept kilos dans un petit ensemble moulant et fluorescent, scintillant de mille feux et rendant ainsi bien plus visibles son ridicule et sa honte. Et de surcroît quel moyen pour lui que de lever les jambes en rythme, de bouger du bassin au milieu de toutes ces croupes ondulantes, de toutes ces cuisses frémissantes ? Une impudicité qu'il jugeait inconcevable pour ces mères de famille maquillées et apprêtées comme si elles allaient à quelque cocktail mondain...

Mais il n'avait pas le sentiment d'être pour autant un vieux con, il n'était pas de ces hommes qui parvenus à un âge où la séduction n'est plus qu'une illusion deviennent des contempteurs aigris et acharnés des apprêts féminins. Tout cela lui paraissait tout bonnement un peu vain ; il venait juste d'avoir quarante-cinq ans et si sa conception de l'exercice physique ne s'accordait pas avec l'exhibition d'un corps devenu disgracieux et donc le sentiment du ridicule, elle excluait également la soumission au grégarisme masochiste. Souffrir par la répétition infinie de mouvements impossibles, et souffrir en groupe n'était tout simplement pas son fait. Combien il préférait plonger une tête dans le bassin encore désert à cette heure suffisamment matinale pour décourager les sportifs bruyants et envahissants !


Ce matin-là, il n'y avait que lui et son fils ainsi qu'une femme maître-nageur occupée à enlever le cache de la piscine. Un bon moment en perspective. Son fils en train de grignoter ses friandises, la maître-nageuse allait très certainement se plonger dans la lecture d'un magazine féminin et les autres clients présents étaient en cours là-haut, assez occupés pour ne pas venir le troubler.

Enfin tranquille !

Il jeta un dernier coup d'œil vers son fils, un peu inquiet cependant. Il aimait bien l'avoir avec lui, le mercredi, mais il le savait un peu sarcastique car il ne manquait jamais de le moquer sur son embonpoint. Une fois même, il l'avait comparé à ces gros dinosaures du crétacé que leur poids obligeait à se déplacer constamment dans l'eau. Alors souvent, pour redorer le blason de la dignité paternelle, il s'obligeait à multiplier les longueurs de bassin et le mercredi transformait ce qui n'était les autres jours qu'une trempette heureuse et paresseuse en marathon de l'effort.

Ca y était ! Le bassin était enfin dégagé de sa housse. Il allait pouvoir s'adonner librement à son sport favori. Le seul qu'il pratiquât d'ailleurs. Mais avant, une dernière précaution : il alla, avec une agilité surprenante pour un homme de sa corpulence, piquer une dernière poignée de cornes de gazelle pour se donner du courage à l'effort. L'enfant laissa échapper un cri d'énervement rapidement étouffé par un soupir de dépit. Il savait qu'il était vain de s'opposer à l'estomac paternel, mais il se promit de se venger en raillant son père sur sa technique du crawl.

Insouciant de la menace qui pesait sur lui, celui-ci finit par se glisser dans l'eau. Son être massif fut peu à peu englouti par l'élément liquide. Il se fit plus léger, se crut plus gracieux. Il fit quelques brasses, heureux de cette liberté de mouvement. Il s'apprêtait à se mettre sur le dos pour profiter du léger courant artificiel et se laisser ainsi dériver dans une insouciance paresseuse lorsqu'il entendit le pouffement ironique de son fils. Il n'y avait pas d'alternative, il allait falloir s'efforcer d'en remontrer au jeune insolent.

Il se mit aussitôt à accélérer ses mouvements, à forcer sur ces bras, à pousser sur ces jambes. Le résultat ne se fit pas attendre, il avait l'impression de fendre l'eau, non plus comme un pachyderme préhistorique mais plutôt, à son idée, comme Johnny Weissmuller dans Tarzan. Il commençait à se voir en dieu aquatique, s'imaginait entouré d'un essaim de naïades, ou plutôt d'un banc de naïades, lorsqu'un douloureux pincement au cœur vint tout d'un coup interrompre le cours de sa rêverie. Un violent frisson qui disparut aussitôt, mais c'en était fait de ses illusions. Sa pitoyable enveloppe physique le rappelait durement au sentiment des réalités. Il était loin d'être un super héros, même aux yeux de son fils. Il fallait se faire une raison, parvenu à un âge où le sport est devenu un loisir au même titre que les échecs ou le bridge, lui qui n'avait jamais eu qu'une vie sédentaire d'où était bannie toute activité pénible et inutile, n'avait plus guère l'espoir de faire illusion.

Et pourtant quelque chose le détermina pour une fois à ignorer ce discret avertissement. Il continua dans sa foulée en se disant que c'était sa digestion qui commençait. Il parvint à l'extrémité du bassin et repartit de plus belle. L'incident était déjà oublié. Il avait chassé loin de lui cette idée importune et un peu inquiétante. Il importait peut-être plus d'insuffler à son rythme une plus grande régularité, de mieux coordonner bras et jambes, d'inspirer plus d'air....

Avec un entêtement malheureux, il s'obstinait à avancer, à nager encore, lançant un bras devant l'autre, battant une jambe après l'autre, avec cette indifférence au danger que donne l'inconscience doublée par le désir de ne pas flancher devant l'enfant.


Il n'est pas de chose plus cruelle que de voir un homme se précipiter ouvertement vers sa perte dans l'espoir de garder sa dignité et d'acquérir l'estime de l'enfant qui, en le poursuivant de ses quolibets, ne savait pas qu'il tuait son père. Ainsi se commettait le plus innocent des parricides.

Pour le père, l'orgueil fut plus fort que l'instinct.

Il croyait s'efforcer de gagner l'autre extrémité du bassin, il ne faisait que tenter de survivre. Son esprit était encore tourné vers l'idée de ne pas décevoir son fils, son corps était occupé d'assurer sa survie.


Soudainement, avec une intensité incroyable, un nouveau frisson comprima son cœur d'où partit un élancement foudroyant de douleur qui arriva immédiatement à sa conscience. Instantanément, bras et jambes, respiration, tout fut paralysé. En une fraction de seconde son corps venait de se transformer en objet inerte. Inversement, son esprit connu pendant un court instant une activité prodigieuse.

Ce fut comme le feu d'artifice de sa conscience : le regret  de centaines d'actions non accomplies, de projets non réalisés, de paroles non dites, s'éveillèrent en lui et le dominèrent tout entier. Une vague de sensations, de couleurs, d'odeurs, d'images submergea sa conscience. Il revit simultanément des souvenirs marquants de sa jeunesse, les instants forts de sa vie adulte, les grandes émotions mais aussi plus curieusement une foule de détails insignifiants, de choses qu'il avait crues oubliées parce que sans importance. Il pensa qu'il devait demander la recette de ces délicieuses cornes de gazelles... et puis plus rien.

Pendant ce temps, la maître-nageuse était effectivement occupée à lire un magazine. Elle sentit confusément que quelque chose n'allait pas. D'abord, elle abaissa sa revue et se pencha en avant pour voir se qui se passait. Elle poussa un cri et se leva d'un bond. Plonger dans l'eau, ramener l'homme et lui sortir la tête de l'eau, tout cela fut si rapide qu'on eut pu avoir l'impression que ce n'était là qu'un mouvement. En même temps elle appela à l'aide car elle ne parvenait pas à hisser cette masse hors de l'eau. Il avait besoin de soins urgents. Elle cria à nouveau. L'enfant leva le nez de son sachet, des gens accoururent, certains plongèrent, d'autres restèrent sur le bord afin de hisser ce qui n'était déjà plus qu'un corps sans vie. Un cadavre. Le reste n'avait rien que de très prévisible. On essaya longtemps de le ranimer, même les médecins arrivés sur les lieux dix minutes après voulurent s'assurer de l'inexorabilité de la chose. Rien n'était plus à faire et l'on était en train de recouvrir le corps d'une couverture lorsque la femme poussa un cri : elle venait de se souvenir du petit garçon qui toute les semaines accompagnait son père. Un regard affolé suffit à le découvrir à la même place d'où il n'avait pas bougé, prostré dans une attitude qui paraissait indifférente.


L'enfant restait immobile à regarder vaguement devant lui en mâchonnant sa dernière corne de gazelle. Il était triste car après cela il n'aurait plus rien à se mettre sous la dent. Il tourna la tête vers son père toujours allongé sur le sol sans comprendre ce qu'il faisait encore par terre, un peu plus loin lui parvenait les échos souriants d'une musique joyeuse. Il se demanda quand son père lui achètera à nouveau des cornes de gazelles, mit le sac vide dans sa poche et attendit.


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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 00:27

Tôt ou tard, tout homme doit affronter ses démons. Voilà ce que je me disais en ouvrant la porte. Elle était bien là, m'attendant patiemment. Extrêmement séduisante, comme d'habitude. Une tentation terrible à laquelle j'allais devoir résister. Mais comment faire ? Je sentais au fond de moi que le territoire des démons s'étendait et que les régions encore épargnées de mon âme cédaient peu à peu à ce lancinant appel du désir. Mon esprit était un champ de bataille et j'avais le pressentiment qu'un vainqueur n'allait pas tarder à se faire connaître, tout auréolé de son glorieux triomphe. Il fallait donc agir. Agir avant que toute volonté m'abandonne définitivement. Je refermais donc la porte. J'avais gagné. Pour cette fois. Mais je savais que mes démons n'avaient pas abdiqué tout espoir pour autant. Il ne faudrait pas longtemps avant que mes pas me portent à nouveau vers la porte du placard où je savais m'attendre une délicieuse tablette de chocolat...

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