« Comment être publié, l’édition comment ça marche, être édité, faire publier son manuscrit, comment devenir écrivain, peut-on vivre de sa plume, comment se faire connaître, a-t-on le droit d’avoir des relations sexuelles avec ses lectrices… » : autant de questions qu’on m’a souvent posées par mail depuis que j’ai crée ce blog, j’en profite donc pour faire un petit point sur la question.
Je ne sais plus qui disait qu’un écrivain disant qu’il n’écrit pas pour être lu peut être honoré, mais qu’il ne faut pas le croire. Il est vrai cependant que l’on est écrivain à partir du moment où on écrit. Je connais quelques amis qui méritent tout à fait d’être appelés ainsi et on peut tout à fait comprendre que l’amour de l’écriture se suffise à lui-même. Néanmoins, il est quand même légitime, si on est fier de son travail, de vouloir être lu par d’autres personnes. Souvent, on commence par ses proches, puis cela s’étend à des inconnus (qui deviennent parfois des amis, mêmes invisibles et lointains) par le biais d’un blog. Mais si l’on veut aller plus loin, vient un moment où s’impose cette idée forte et tenace comme un besoin vital : celui de voir ses écrits publiés. Voilà donc quelques conseils pour ceux qui décideraient de tenter l’aventure.
1- L’écriture
Oui, c’est la base. Hemingway donnait un bon conseil qui est de mettre à la poubelle ses quatre ou cinq premiers manuscrits. L’ego en prend un coup, mais c’est souvent nécessaire. Il faut reconnaître que les Rimbaud sont peu nombreux et bien souvent nos premiers écrits ne sont pas à la hauteur de nos ambitions. Inutile de s’en trouver définitivement nul. Le métier d’écrivain demande de la maturité et d’ailleurs la plupart des écrivains ne commencent réellement leur carrière qu’après quarante ans.
Pour l’écriture, je n’aborde pas la question du style qui est assez personnel. Disons qu’en général il faut faire simple. En ce qui me concerne, je me souviens d’un roman écrit alors que je poursuivais mes études de lettres. Plongé dans la rédaction de ma thèse, j’avais donc écrit quelque chose d’un peu pompeux, trop ouvertement littéraire et surtout aussi maladroit qu’inintéressant. Ne cherchez pas à faire du style. L’écueil principal est celui de vouloir en imposer tout de suite, de faire trop compliqué. Cela dit, il ne faut pas faire aussi dans l’enfantin… La seule règle en la matière est de prendre plaisir à écrire. C’est la meilleure façon d’arriver à ce que le lecteur en ait à vous lire. Faites quand même attention aux fautes d’orthographes, cela va vite décourager les membres du comité de lecture.
En ce qui concerne l’histoire, là encore il faut se laisser porter par son imaginaire et s’amuser en écrivant quelque chose qui nous plaît. L’idéal étant d’écrire le livre qu’on aurait rêvé de lire…
Je conseillerais donc à ceux qui veulent se lancer dans l’aventure, de commencer doucement. Tenez un blog dans lequel vous écrirez des articles tous les jours. Ecrivez des nouvelles. Participez à des concours. Commencez plusieurs romans et poursuivez celui qui vous tient le plus à cœur. N’hésitez pas à solliciter l’avis de vos amis. En tout cas, écrivez, écrivez encore et toujours. C’est ainsi que vous allez progresser.
2- Le manuscrit
En réalité, il s’agit d’un tapuscrit. Inutile d’envoyer votre roman écrit à la main, il ne sera pas lu. Une fois que votre œuvre est terminée, faite la relire et corriger par plusieurs personnes (si possible). Pas de fioritures inutiles dans la typographie. Impression sur le recto uniquement. Reliure propre mais pas trop coûteuse (pensez que vous aurez à faire plusieurs exemplaires, une dizaine en moyenne) : spirales ou thermocollé…
3- Envoi du manuscrit
Quelques petits malins (radins ?) le font par mail. Ce n’est pas forcément une bonne idée (sauf si vous avez du temps à perdre), le mieux étant d’aller le déposer à la maison d’édition si vous habitez la même ville (sans pour autant demander à rencontrer aussitôt le directeur !) ou par la poste. Certains ont peur qu’on leur pique leur idée géniale. Vous pouvez vous en prémunir (même si le risque est pratiquement inexistant) en vous envoyant à vous-même votre manuscrit en recommandé et sans ouvrir l’enveloppe. Pour l’envoi, je ne prévois pas d’accusé de réception, trop coûteux et en plus cela énerve les employés ou les éditeurs à qui cela donne plus de travail. En revanche, pensez à accompagner votre envoi d’une petite lettre présentant votre ouvrage. Néanmoins attention, ce n’est pas très bien vu de se présenter comme un génie absolu, encore méconnu… cela peut marcher avec votre maman, mais l’éditeur professionnel aura vite fait de mettre votre lettre à la poubelle !
4- Cibler les envois
A ce stade, ce qui est important est de cibler un minimum ses envois. Les cas sont rares où le manuscrit est accepté dès la première maison d’édition et il vous faudra parfois en envoyer des dizaines d’exemplaires. Je sais que vous allez naturellement penser aux plus grosses maisons d’édition. Ce n’est pas forcément judicieux. Il y a 1 chance sur 1000 d’être publié dans une grosse maison, 1 sur 500 dans une moyenne et 1 sur 100 dans une petite. Sachant que c’est à nuancer. Pour ma « Vie sexuelle des grands écrivains », je suis publié chez La part commune, une maison d’édition de taille moyenne, mais j’ai été sélectionné parmi plus de mille manuscrits car c’est un éditeur très exigeant au niveau littéraire. En revanche, mon premier éditeur, Petit pavé, également de taille moyenne (surtout diffusé dans l’ouest de la France), je pense plutôt avoir eu 1 chance sur 100 ou 1 sur 50 dans la mesure où mon recueil de nouvelles sur Angers correspondait parfaitement à ce que recherchait l’éditeur.
L’idéal, c’est cela. Envoyer votre manuscrit à un éditeur dont vous connaissez déjà le catalogue et dont vous êtes certain que vos écrits correspondent à cette satanée ligne éditoriale. Inutile d’envoyer un roman de science-fiction à un éditeur de poésie bretonne. Le conseil est donc d’aller voir en librairie les livres qui correspondent un peu, par l’esprit, le format, le style… à ce que vous faites. Bien sûr, vous pouvez toujours vous amuser à envoyer un exemplaire au Seuil ou chez Gallimard, mais tous les responsables d’édition m’ont confirmé qu’en la matière il était très important d’être recommandé, ne serait-ce que pour passer la première sélection. Bien sûr, ils vous diront le contraire même si tout le monde sait que le best-seller dont le manuscrit est venu par la poste n’est qu’un mythe entretenu par l’équipe marketing. Cela ne ferait pas bon pour l’image de l’écrivain de penser qu’il doit sa publication à son tonton ou que telle écrivaine (qu’on pourrait appeler Anna) est parvenue à être publiée chez tel éditeur prestigieux pour avoir réussi à démontrer que si ce dernier a lu tous les livres, la chair n’est pas triste du tout, surtout lorsqu’elle est motivée par le désir supérieur de la publication… Evitez aussi de coucher avec un homme politique célèbre, cela peut se retourner contre vous (clin d’œil à Aline Tilleul, une écrivaine dont je vais bientôt parler et dont vous pouvez visiter le blog: link. En disant que vous venez de ma part, vous parviendrez peut-être à en savoir plus sur la vie sexuelle de quelques hommes politiques).
Le conseil serait donc de commencer par un petit éditeur. Vous y avez plus de chances, mais la visibilité y est moindre. L’idéal est celui de taille moyenne. On a ses chances même en envoyant ses manuscrits par la poste (comme je l’ai toujours fait) et on bénéficie en général d’une distribution nationale. Cela n’a l’air de rien, mais si vous êtes publié et que votre livre est très difficilement trouvable en librairie (hélas, comme l’est un peu mon Botticelli code, publié dans une maison d’édition italienne), c’est comme s’il n’existait pas…
5- La question épineuse du compte d’auteur
J’avais commencé par écrire « conte d’auteur ». Lapsus involontaire mais révélateur car c’est bien un conte que vous sert « l’éditeur » dont les guillemets ne sont pas de trop pour mettre en doute ses compétences et son honnêteté. Bien sûr, je noircis le tableau. N’oublions pas que Proust, Gracq et quelques écrivains très réputés ont commencé ainsi. Vous avez quelques éditeurs à compte d’auteur tout à fait intéressants, mais le tri est tellement difficile à faire que je le déconseille d’une façon générale. Mon éditeur m’a fait part de l’expérience douloureuse d’un jeune poète. La poésie est ce qu’il y a de plus dur à faire publier (cela peut aller à 1 chance sur 10 000) et il désespérait de parvenir à éditer son recueil jusqu’à ce qu’il reçoive une lettre dithyrambique sur ses vers. Naturellement, il était fou de joie. On imagine très bien qu’il s’est empressé d’annoncer à toute sa famille, tous ses amis, l’heureuse nouvelle. Jusqu’à ce qu’il déchante à la lettre suivante qui devait lui demander une contribution aux frais de 10 000 euros (je crois, environ). Cela s’est très mal terminé puisqu’il s’est suicidé… Méfiance donc si vous recevez une lettre particulièrement élogieuse et qu’après on vous demande une participation financière.
6- Connaître les maisons
Pour éviter ce genre de piège, mais aussi pour savoir à quelle maison envoyer son manuscrit, l’idéal est d’avoir une sorte d’annuaire. On en trouve quelques uns sur le net mais,
personnellement, j’ai investi dans un guide que je conseille à tous ceux qui veulent faire carrière dans les lettres. Il s’agit d’Audace (non, ce n’est pas un magazine de charme !), par
Roger Gaillard, aux éditions de l’Oie plate. Il est un peu cher (54 euros) et le mien date déjà de quelques années, mais il recense plus de 1100 éditeurs, avec un certain nombre d’informations
(taille, genre, compte d’auteur ou d’éditeur, adresse, auteurs, nombre de manuscrits reçus…). Voilà par exemple ce qu’ils disent sur mon éditeur, La part commune :
« Attentif aux jeunes auteurs, il rééditera aussi des textes injustement oubliés d’auteurs du XVIII°, XIX° siècle et première moitié du XX° ainsi que quelques traductions. Il réalise des livres de très bonne qualité. Image de marque : un éditeur de livres soignés exigeant dans ses choix. Il cherche à faire partager à ses lecteurs la part commune d’une bonne littérature attachée à une qualité d’écriture éloignée des excès et des modes éphémères. »
7- La réponse
Souvent négative au début. Mais si vous persistez, vous allez vite comprendre ce qu’attendent les maisons. Il ne faut pas oublier que ce sont aussi des entreprises qui doivent vivre et donc être viables financièrement. Il convient donc d’envoyer des manuscrits susceptibles d’intéresser suffisamment de lecteurs. Par exemple, j’ai envoyé un recueil d’aphorismes à La part commune. Pour l’instant pas de réponse. Je ne me fais guère d’illusions : malgré mes précédentes publications et le succès du dernier livre, cela ne va pas forcément rendre plus facile la publication de quelque chose particulièrement difficile à vendre. Les aphorismes sont comme la poésie. Pensez d’abord à les écrire pour vous-même. S’ils sont publiés, vous aurez de la chance si vous parvenez à en vendre cent. La moyenne de rentabilité pour une maison d’édition étant de 200 à 400 exemplaires vendus. 400 exemplaires étant la moyenne des ventes pour un premier roman, ce qui se vend le mieux. Eh oui, on est loin des best-sellers médiatisés.
Enfin, ne vous étonnez pas de réponses tardives. J’ai reçu certaines un an après ! Inutile par ailleurs de harceler l’éditeur au téléphone. Si votre texte lui plaît, il saura bien vous le faire savoir. Et ne vous découragez pas de vos réponses négatives. L’histoire de la littérature vous enseignera que les plus grands écrivains et/ou les plus populaires ont dû endurer toutes les épreuves, toutes les désillusions avant de percer. Et puis il paraît que cela forge le caractère.
8- Droits d’auteurs
C’est à négocier avec l’éditeur, mais pas d’illusion, si c’est votre premier roman, vous n’aurez pas beaucoup de marge de manœuvre. La moyenne est de 7-8%. Pour ma part, je suis à 8%. Certains éditeurs ne vous verseront que 2 ou 4% jusqu’au 200 ou 400 ° exemplaires vendus et pourront aller à 11% en cas de réédition. Mais les petits malins savent que rares sont les auteurs qui vendent plus de 400 livres… donc de petites maisons d’éditions survivent en payant quasiment pas leurs auteurs, trop contents par ailleurs de leur première publication. Attention quand même à ne pas vous faire piéger par un contrat d’exclusivité. Il faut faire attention au moment de signer votre contrat que vous êtes libre de proposer vos prochains manuscrits à qui vous voulez. Un droit de premier regard est néanmoins légitime. Il faut aussi veiller aux droits annexes (livre de poche, traduction, adaptation), ils sont plus modestes mais concerne de plus gros tirage et donc peuvent s’avérer particulièrement intéressant. Mais si vous en êtes là, c’est que votre livre est déjà un succès de librairie (au moins 4000 exemplaires vendus)…
9- Vivre de sa plume
Quand j’ai commencé à écrire, la question la plus irritante qui m’était posée était celle-ci : « mais est-ce que vous êtes publié ? »
Elle n’a cessé que pour laisser la place à une autre question tout aussi irritante : « mais à part l’écriture, vous faites quoi dans la vie ? De quoi vivez-vous ? »
Je crois qu’il y a en France un millier d’écrivains seulement qui vivent de leur plume (dont je fais enfin partie !). Donc réfléchissez avant de laisser tomber votre travail. Vivre de ses droits d’auteur est très problématique, c’est la raison pour laquelle la plupart des écrivains ont un autre emploi (en général enseignant ou journaliste). Pour ma part, je vis uniquement de ma plume, mais si j’y arrive c’est que je suis aussi nègre littéraire. J’écris aussi pour d’autres personnes (célèbres ou pas), la plupart du temps sous pseudo (et pas forcément destiné à la publication). Cela dit, comme maintenant ça commence à bien marcher, mon prochain livre de commande sera publié sous mon propre nom. La différence, c’est que je n’ai pas un an à attendre pour toucher mes droits d’auteurs, mais que je suis payé dès le moment où je commence à travailler sur le livre. Je suis rémunéré pour l’écriture d’une histoire qu’on souhaite voir écrite, qu’elle soit véridique ou pas, publiée ou non, sous mon nom ou sous pseudo… Mais cet aspect du métier d’écrivain devrait laisser peu à peu la place à mes travaux personnels, cela dépendant, évidemment, de ma notoriété et du succès de mes livres…
10- Réseautage et Networking
La passion qui domine mon existence, c’est la littérature. Je passe ma vie au milieu des livres, consacrant tout mon temps à lire et à écrire. J’aimerais d’ailleurs continuer à le faire mais une réalité s’impose rapidement à celui qui vit uniquement de sa plume : vous ne serez reconnu que si vous êtes connu. On sait tous que les auteurs qui vivent le mieux, c’est-à-dire ceux qui vendent le plus de livres, sont ceux qui passent à la télé. Ce ne sont pas forcément les meilleurs, mais la société est ainsi faite que la notoriété prime souvent sur le talent, même s’il me faut reconnaître que les deux sont tout à fait possibles. Il est donc essentiel d’essayer de se faire connaître. Depuis quelque temps, je fréquente beaucoup d’écrivains et j’ai ainsi pu voir avec amusement toutes sortes de stratégies. Certains misent tout sur le régional et si beaucoup échouent à s’y faire connaître suffisamment, il existe des auteurs complètement inconnus du grand public mais qui à chaque fois vendent 10 000 exemplaire de leur dernier roman policier breton… D’autres font le forcing pour avoir accès aux plateaux télé ou avoir un article dans un grand magazine (Yann Moix s’est fait connaître grâce à un seul article dans Elle). Il y a aussi les tournées de dédicaces, les conférences, les salons des livres… Le réseau des libraires également, le bouche à oreille… et le net. Par exemple Facebook est pour les jeunes auteurs ce que Myspace est pour les groupes musicaux, une excellente vitrine où vous pouvez essayer de faire parler un peu de vous. Mais la concurrence est rude et si j’ai pu y rencontrer des écrivains très sympathiques (dont je parlerai dans de prochains articles) je dois aussi dire que j’y ai aussi rencontré d’autres auteurs nettement moins sympas aux méthodes plus que douteuses… En fait, je crois qu’il faut essayer tous les biais. Je pense que si l’on est content de son travail, lorsque le livre est là, il mérite que l’on se batte pour le faire connaître. Il ne faut donc pas hésiter à accepter toutes les dédicaces, à démarcher les libraires pour qu’ils exposent votre livre, les journalistes pour qu’ils en parlent… Un travail souvent ingrat, long et laborieux mais cela vaut vraiment le coup… A partir du moment où vous avez décidé de vivre de votre plume, vous devez vous attendre à livrer un vrai combat contre l’inertie, le mépris et toutes sortes de contrariétés qui, bien sûr, ne parviendront aucunement à éteindre l’étincelle de feu sacré qui est en vous…