C’est avec une grande détermination que je me suis rendu cet après-midi à la bibliothèque. J’y ai
naturellement mes habitudes, ainsi que ma place au deuxième étage, près des biographies. Les écrivains tiennent beaucoup à leurs habitudes et développent même parfois toutes sortes de rituels
propitiatoires à la créativité. J’avais donc disposé au mieux toutes mes affaires et je me tenais devant ma feuille blanche, attendant le feu d’artifice de mots qui n’allait pas manquer
d’éclater. J’ai attendu, attendu, il n’est jamais venu. Pas besoin d’aller siffler là-haut sur la colline avec un petit bouquet d’églantines comme Joe Dassin pour comprendre que l’inspiration ne
viendrait pas. Inutile de s’affliger pour autant. Il est vain de s’acharner dans ces moments-là.
Autant passer à autre chose.
Pour ce genre de situation, j’ai toujours un sac de secours avec au moins un ou deux livres. Résigné, je me
suis donc plongé dans l’histoire des derniers Valois. Enfin peut-être avais-je plongé un peu trop profondément car de la position du Penseur de Rodin je passais à celle du Faune
endormi de Bouchardon (mais en plus pudique quand même, allez jeter un coup d’œil sur Google, vous comprendrez ce que je veux dire). Enfin, j’étais franchement relaxé, pour ne pas dire
assoupi et il était clair que je n’allais pas plus avancer dans ma lecture que dans mon écriture. Je m’apprêtais donc à repartir chez moi lorsque mon regard fut accroché par la couverture d’un
beau livre du rayon biographie.Il s’agissait du portait de Grace Kelly réalisé en 1954 pour le magazine Life.
Le livre en question (Dherbier et Verlhac, Grace Kelly, les images d’une vie) était en fait
un album de très belles photos de la princesse star.
Sans état d’âme je mis donc de côté mon livre sur les rois de France pour m’intéresser plutôt aux princesses
monégasques (j’ai un petit côté « people »). Evidemment les photos étaient remarquables tout comme l’était la beauté, l’élégance et le raffinement de l’actrice. Une destinée vraiment
exceptionnelle. On dit qu’en général nous avons plusieurs existences bien distinctes dans notre vie et elle incarne parfaitement cette possibilité d’une destinée aussi riche que
protéiforme : jeune femme insouciante, star de cinéma, princesse, mère de famille… Mais à quelle période s’est-elle sentie la plus épanouie et la plus pleinement elle-même?
En fait, en lisant sa biographie, j’avais bien l’impression que c’était l’actrice qui représentait son véritable avatar. "Là où elle était vraie"... même si l'expression est très discutable...
Quand je pense que sans la mesquinerie et l’étroitesse de vue de certains monégasques, elle aurait à nouveau tourné avec Hitchcock, cela me laisse l’impression d’un grand gâchis… mais évidemment c’est avec mon âme d’artiste que je juge de tout cela… C’est certainement subjectif. Enfin, j’ai quand même trouvé le moyen d’en tirer une citation de Grace Kelly qui m’a tout de suite parlé : « On peut ouvrir les enfants sur le monde de bien des manières. Leur donner l’amour des livres me semble la meilleure ».