Vendredi 26 décembre 2008 5 26 /12 /Déc /2008 01:10


A propos de Mircea Eliade dont je viens de parler dans le précédent article, je suis en train de relire son journal. Il est assez peu connu, mais je recommande vivement les trois volumes de « Fragments d'un journal ». Dans le passage que je viens de lire, il parle de création et d'écriture. C'est amusant car souvent on me fait le reproche de vivre trop exclusivement pour la littérature, mais j'ai la consolation de trouver « pire » que moi. L'idéal d'Eliade serait de n'exister comme homme vivant que pour se consacrer exclusivement à la fonction de producteur d'une œuvre. Il justifie cela par l'obligation de faire ce que d'autres feraient forcément moins bien (oui, j'ai aussi trouvé moins modeste que moi)... C'est vrai qu'on pourrait lui faire reproche qu'en se consacrant entièrement à l'écriture, il passe à côté d'un grand nombre de choses, mais cela ne lui pose pas vraiment problème : « Quoi que l'on fasse, le temps « est perdu » ; et il vaut mieux le perdre à méditer et à écrire que d'aller au café. » En réalité, ce qui le chagrine, ce n'est pas le temps qu'il doit consacrer à l'écriture de son œuvre, mais sa liberté perdue. En effet, il se considère comme « serf des livres que je n'ai pas écrits ». Je crois que c'est la meilleure définition d'un écrivain authentique. Le génie qui prend conscience de la responsabilité qui est la sienne. De même que Michel Ange voyait déjà dans le bloc de marbre la statue qu'il avait à sculpter et qui attendait que son génie créateur vienne la tirer du sommeil, le véritable écrivain sait qu'il y a des livres qui attendent d'être écrits et ne peuvent l'être que par lui. Il est à la fois le maître et l'esclave de ses œuvres futures qui n'attendent que leur créateur...


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