Vendredi 2 janvier 2009 5 02 /01 /Jan /2009 10:20

Je ne peux m’empêcher de reproduire ici la plus longue phrase de Marcel Proust (le plus grand écrivain de tous les temps… mais aussi le plus long !), phrase comprenant 414 mots ! Pour en apprécier toute la majesté, le mieux est encore de la lire à haute voix. Cela va être un excellent exercice respiratoire qui devrait vous aider à digérer les derniers restes du réveillon. Personnellement, je recommande de déclamer du Proust avant de prendre le volant. C’est le meilleur éthylotest qui soit. Si vous trébuchez sur un mot avant la fin de la phrase, inutile de conduire, vous n’avez pas toutes vos facultés… Attention, prenez une profonde inspiration, c’est parti :

« Canapé surgi du rêve entre les fauteuils nouveaux et bien réels, petites chaises revêtues de soie rose, tapis broché de table de jeu élevé à la dignité de personne depuis que, comme une personne, il avait un passé, une mémoire, gardant dans l’ombre froide du salon du quai Conti le hâle de l’ensoleillement par les fenêtres de la rue Montalivet (dont il connaissait l’heure aussi bien que madame Verdurin elle-même) et par les portes vitrées de Doville, où on l’avait emmené et où il regardait tout le jour au-delà du jardin fleuriste la profonde vallée de la […] en attendant l’heure où Cottard et le violiste feraient ensemble leur partie ; bouquets de violettes et de pensées au pastel, présent d’un grand artiste ami, mort depuis, seul fragment survivant d’une vie disparue sans laisser de traces, résumant un grand talent et une longue amitié, rappelant son regard attentif et doux, sa belle main grasse et triste pendant qu’il peignait ; encombrement joli, désordre des cadeaux de fidèles qui a suivi partout la maîtresse de maison et a fini par prendre l’empreinte et la fixité d’un trait de caractère, d’une ligne de la destinée ; profusion des bouquets de fleurs, des boites de chocolat qui systématisait, ici comme là-bas, son épanouissement suivant un mode de floraison identique : interpolation curieuse des objets singuliers et superflus qui ont l’air de sortir de la boîte où ils ont été offerts et qui restent toute la vie ce qu’ils ont été d’abord, des cadeaux du Premier Janvier ; tous ces objets enfin qu’on ne saurait isoler des autres, mais qui pour Brichot, vieil habitué des fêtes des Verdurin, avaient cette patine, ce velouté des choses auxquelles, leur donnant une sorte de profondeur, vient s’ajouter leur double spirituel ; tout cela, éparpillé, faisait chanter devant lui comme autant de touches sonores qui émerveillaient dans son cœur des ressemblances aimées, des réminiscences confuses et qui, à même le salon actuel qu’elles marquetaient çà et là, découpaient, délimitaient comme fait par un beau jour un cadre de soleil sectionnant l’atmosphère, les meubles et les tapis, poursuivant d’un coussin à porte-bouquets, d’un tabouret au relent d’un parfum, d’un mode d’éclairage à une prédominance de couleurs, sculptaient, évoquaient, spiritualisaient, faisaient vivre une forme qui était comme la figure idéale, immanente à leurs logis successifs, du salon des Verdurin. »


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Commentaires

Superbe couverture pour cette "Prisonnière". Peut être la relirai-je cette année ? Il me faut une décennie pour arriver au bout de A la recherche du temps perdu, mais baste, faisons durer le plaisir !
Commentaire n°1 posté par keisha le 02/01/2009 à 11h16
Le propre frère de Marcel Proust disait qu'il faut se casser une jambe pour avoir le temps de le lire! J'ai de la chance d'avoir beaucoup de temps pour moi, j'ai donc tout lu de Proust. Les 2400 pages de A la recherche du temps perdu, les 1000 pages de Jean Santeuil, ses essais et nouvelles et même sa correspondance... Mais bon, quand on est fan c'est bien naturel...
Réponse de Marc Lefrançois le 02/01/2009 à 13h59
Bonjour, je viens de lire votre commentaire sur mon blog www.ecrivain-en-sursis.com

Faute temps je n'ai pu approndir la lecture sur votre site internet, mais je reviendrai très prochainement. Je lirai aussi vos livres avec plaisir d'autant plus que j'ai de la famille sur Angers. Le lien de votre site a été rajouté à ma liste d'ami sur mon blog. Si vous souhaitez en faire de même avec le lien de mon site, je serai ravie. A très bientôt et bonne année. Aurélie.
Commentaire n°2 posté par Aurélie Roseray le 02/01/2009 à 18h09
J'ai aimé ses pastiches et lu A la recherche ... 2 fois et demi ! Je suis contente que vous soyez fan !
Commentaire n°3 posté par keisha le 02/01/2009 à 18h55
J'ai enfin trouvé plus proustien que moi! Deux fois et demi, c'est vraiment impressionnant! Bon, c'est un peu prématuré, mais j'ai un roman qui devrait sortir en 2009 ou 2010, une sorte d'hommage au grand écrivain... Il faudra m'en reparler pour que j'y pense mais je t'enverrai un exemplaire dédicacé de mon "Marcel Proust, roi du Kung-Fu"...
Réponse de Marc Lefrançois le 02/01/2009 à 20h00
Un beau cadeau en effet que de se prendre au jeu de l'ampleur combinée au soin du détail. C'est donc ça le style!
Commentaire n°4 posté par maude le 02/01/2009 à 21h48
C'est bien la première fois que je rencontre quelqu'un de plus proustien que moi, qui ai lu la Recherche deux fois. Bravo...
Commentaire n°5 posté par Daniel le 08/01/2009 à 20h20

Et demain je pars en pélerinage proustien à Cabourg!

Réponse de Marc Lefrançois le 08/04/2010 à 12h42

Depuis le temps que je la cherchais :)
Alors : je n'ai pas lâché sur la fin, mais je n'ai rien compris dès le début, ou du moins j'ai été vite perdue :)
Bye =)

Commentaire n°6 posté par Sarah le 15/04/2009 à 00h10

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