Ce matin, état de grâce. J’exagère sans doute un peu, mais non seulement je me suis levé de bonne heure, mais j’ai terminé promptement un travail qui traînait en longueur et que je n’arrivais pas à finir. En fait, je viens de terminer la correction de « Y a-t-il une vie avant la mort ? ». J’avais bien fini tout ce qui était de l’ordre des fautes d’orthographes, mais il restait trois chapitres à remanier complètement. Il s’agit d’un petit roman humoristique, l’histoire d’un homme racontant ce qui se passe après sa mort. Le point important était d’être original et drôle et justement il y avait quelques parties qui l’étaient moins. Pour vous donner une idée de ce qui est mal écrit et de ce qu’il convient d’éliminer dans un roman amusant, je vais mettre quelques passages que je viens de supprimer et qu’on ne pourra donc pas lire dans la version finale.
« Au début, mes réflexions tracèrent un portrait de moi plutôt avantageux. J’étais assez content car j’estimais que, globalement, j’avais plutôt bien réussi à éviter les ennuis. Du moins jusqu’à ces derniers temps. Puis, le tableau s’était peu à peu assombri au fur et à mesure que par ma mémoire ressuscitait mes souvenirs. Finalement, je me rendis compte que ma vie était pleine de petits moments décevants et pathétiques sur lesquels la mort, et ma conscience toute nouvelle, avaient enfin levé le voile. C’était comme si, dans ce monde transitoire et déliquescent, chaque sensation renfermait un passé, faisant surgir à chaque pas la tristesse, l’amertume et le regret. »
Vous voyez, ce passage n’est pas très clair. Vous ne pouvez hélas pas comparer avec les passages précédents, mais le style n’est pas léger et c’est faussement bien écrit. « Transitoire » et « déliquescent » peuvent impressionner, mais viennent un peu comme deux cheveux sur la soupe…
« Ce qui subsistait de mes fausses croyances se dissolvait dans l’incertain. Finalement, mon amertume face à la vie ne provenait pas dans des malheurs qui m’avaient frappé, pas plus que de la douleur. Elle naissait du vide dont l’expression la plus frappante, la plus tardive aussi, car dans mon cas elle était seulement post-mortem, était le regret. Ainsi, une grande partie des joies de la vie m’avait échappé pour être trop familière. Je n’avais pas assez prêté attention aux plaisirs simples qui enrichissent l’existence. Je les avais méprisé pour être trop ordinaires. »
Les phrases sont nettement inspirées de Proust (quelque chose dans le genre « une partie des beautés nous échappe pour nous être trop familière ») mais on voit trop clairement la recherche de style, et ça, ça n’est pas bon du tout. Pour bien écrire, il ne faut surtout pas chercher à imiter un modèle. Surtout Proust ! C’est vraiment un manque de modestie et d’intelligence que de chercher à imiter le phrasé du maître… Heureusement, ça m’arrive de moins en moins…
« Et cette malignité qui avait sans cesse flotté autour de moi comme un parfum subtil et impalpable. A présent, j’identifiais le mal que j’avais fait aux murmures mélancoliques et pleins de sourds reproches des femmes que j’avais abandonnées. L’habitude que j’avais eue de les tromper n’avait pas émoussé ma culpabilité mais l’avait seulement endormie. Et celle-ci avait attendu que je sois mort pour se réveiller en sursaut. »
Là, même reproches qu’avant. Et en plus manque de cohérence car mon héros est présenté comme un homme qui a abandonné un certain nombre de femmes alors que dans tout le reste du roman, ce n’est qu’un pauvre type méprisé, ou plutôt ignoré, du genre féminin (non, encore une fois, ce n'est pas autobiographique...). Je ne sais pas pourquoi j’en ai fait là une sorte de Don Juan à la noix… Enfin, j’ai donc fait le ménage par le vide… Tous les paragraphes dans le style que vous venez de lire ont été traités d’une façon radicale : « sélectionnez tout » puis « supprimer »… La meilleure façon de retravailler ce genre de passage, c’est de tout effacer et de réécrire… cela prend du temps et c’est frustrant, mais il n’y a rien à faire… mais suis content car j’ai retrouvé le style léger et drôle du roman. Petit bémol, hier je parlais de ce roman qui devrait sortir chez Finitude (sans mauvais jeu de mots) et j’étais très content du titre que je trouvais très original et accrocheur mais on m’a dit que Coluche en avait déjà eu l’idée. Enfin, ce n’est pas grave, au contraire, c’est plutôt signe que le jeu de mot est bon !