J'ai participé hier soir à une réunion à la mairie d'Angers dans le cadre de l'Agenda 21 de la culture... Il y avait là une cinquantaine de personnes, toutes appartenant plus ou moins au monde de la culture. Au programme : chercher une définition de la culture. Pour nous aider, on nous avait fait passer des documents sur lesquels étaient déjà notées des définitions (Déclaration de Fribourg, de Mexico, Wikipedia...). Naïvement, je pensais qu'il fallait vraiment essayer de trouver une définition originale et personnelle. Comme je voyais que cela tournait au concours de platitudes, j'ai essayé d'élever le débat en proposant ma propre définition que je trouvais plutôt classe :
La culture, c'est l'ornement des civilisations.
J'étais assez content de moi, mais j'ai tout de suite vu que ce n'était pas dans l'esprit des lieux. Eh oui, ornement fait penser à luxe, superflu, supérieur... et donc se trouvait aux antipodes de la définition à laquelle semblaient attachés tous les autres participants, à savoir que toutes les cultures se valent (très bien) et que tous les arts sont égaux (plus délicat...). En fait, je n'ai presque pas été surpris lorsque j'ai entendu un comédien soutenir mordicus qu'il estimait qu'au niveau artistique Agence Tous risques (une mauvaise série américaine des années 80, avec notamment Mister T) était de la même valeur qu'une sonate de Mozart... J'imagine que selon ce raisonnement, si je commets une poésie où canards riment avec mare, c'est aussi beau, grand et noble qu'un poème de Baudelaire ou de Victor Hugo...
No comment.
Je me suis bien gardé d'intervenir, si j'avais donné la définition de l'art selon Mallarmé, il est évident que je me serais fait lyncher. Enfin, en désespoir de cause, j'ai bien essayé, vers la fin, de donner une nouvelle définition qui a mon avis avait encore plus de « gueule » que la première :
La culture, c'est la dignité des peuples.
Petit moment d'étonnement.
C'est vrai que ça en jetait.
Et puis, il y avait les mots clés « dignité et « peuples »... mais cela n'a pas suffit et comme je le craignais, après trois heures de discussion, ils se sont contenté de reprendre finalement ce qui était noté sur les feuilles, en rajoutant quelques lignes, plus proches à mon avis d'un manifeste politique que d'une vraie définition. Cela m'a confirmé dans mon opinion qu'un artiste authentique n'a rien à faire avec les politiques. Comme je ne dépends pas des subventions de la mairie, je ne vais sans doute pas me risquer de sitôt dans pareille réunion...