Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /Fév /2009 01:00

Je me souviens de Mishima évoquant ses premières émotions érotiques devant la reproduction du Saint Sébastien nu et percé de flèches de Mantegna... Dans le même registre, une de mes premières fascinations pour l'art pictural remonte à mon enfance. J'avais déjà l'habitude de rechercher sans cesse de nouveaux livres et un après midi, je m'étais retrouvé à fourrer mon nez dans un livre et entre les seins de deux belles femmes occupées à leur toilette. Qu'on ne s'emballe pas, je veux juste dire que j'étais tombé par hasard sur ce fameux tableau de l'Ecole de Fontainebleau représentant Gabrielle d'Estrées et une de ces sœurs.

Fort innocemment, j'avais été captivé par ces deux femmes torses nus, et par le geste de l'une d'entre-elles qui saisit entre le pouce et l'index le mamelon de sa partenaire de bain.

Ce tableau continue encore à me fasciner.

Les deux belles ne prennent pas un bain dans le sens communément admis aujourd'hui. Leur visage est remarquablement maquillé, le corps aussi puisqu'elles sont recouvertes de fard et qu'une touche de carmin met en évidence la point de leurs seins. Elles portent aussi des perles en boucle d'oreilles et il est évident qu'elles n'ont nullement l'intention de se plonger leur tête si bien coiffée dans une baignoire sûrement remplie de vin ou de lait.

La belle blonde de droite est Gabrielle d'Estrées, celle qu'on a appelée « la presque reine », la favorite d'Henri IV dont elle eut trois enfants. Elle incarne l'idéal de beauté féminine de son époque : blonde, pâle, une peau de satin blanc, un corps lisse et sans rondeurs féminines... Sa sœur fit sensation à l'époque pour avoir poursuivi de ses ardeurs un prêtre dont elle était tombée amoureuse et dont elle suivait les prêches au premier rang de l'église, un sein innocemment découvert...Sans doute était-ce un trait de famille car toutes les filles du duc d'Estrées étaient connues pour leur amour de la sensualité au point qu'on avait surnommé les sept enfants de « sept péchés capitaux ».


Pendant ma période néo-expressionniste, j'ai fait une version quelque peu personnelle de ce tableau. En fait, c'était surtout un hommage à Basquiat, un peintre très original que m'a fait découvrir ma sœur. C'est aussi la preuve qu'on peut changer. Il n'y a pas si longtemps que cela, je considérais ce genre de peinture comme d'ineptes gribouillages sans intérêt. J'ai fini par réfléchir un peu à la question et j'ai considérablement évolué en m'ouvrant à tout un pan de l'art qui m'était finalement inconnu. Enfin, il reste que je continue à considérer un certain nombres d'artistes contemporains, surtout certains plasticiens, comme de fieffés escrocs...


Sinon, on peut voir quelques autres de mes peintures ici Peintures , dont mon célèbre Vagina dentata qui a eut beaucoup de succès lors de son exposition. Là encore, c'était une sorte de détournement stylistique. J'étais parti sur une copie de L'Origine du monde de Courbet auquel j'avais ajouté ma touche personnelle inspirée d'une vieux mythe africain. Je sais que cette peinture avait quelque peu choqué et dérangé, mais c'est aussi une fonction de l'art... Je sens que cela va être la même chose avec mon prochain livre... Enfin, on me demande souvent si j'ai l'intention de refaire une expo, mais ce n'est pas au programme. J'ai vendu pratiquement toutes mes toiles et comme désormais je dois me consacrer pleinement à l'écriture, je n'ai plus le temps de peindre ni l'inspiration...

Basquiat


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