Hier, j'étais l'invité d'une émission de Radio Campus pour parler de mes livres. C'était très sympa, sauf que le problème est que je suis terriblement stressé à partir du moment où je dois parler dans un micro, que ce soit à la radio ou à la télé. Ma dernière expérience en la matière, un passage sur Virgin Radio, s'était avérée assez désastreuse. J'ai donc demandé l'avis à un ami médecin qui m'a conseillé un remède qui m'est apparu d'emblée comme assez sympathique et efficace : picoler un peu avant d'y aller. Evidemment, il fallait veiller au dosage. J'ai donc estimé que trois verres de vodka pourraient convenir et ma foi, je suis plutôt content du résultat. Conversation relativement décontractée et cohérente. Heureusement car cela a duré une heure ! J'ai même relevé de ma part deux ou trois propos intelligents, ce qui était vraiment inespéré ! Enfin, cela m'a inspiré une petite poésie, un pastiche un peu léger des premiers vers du fameux poème de Rimbaud, Le bateau ivre, dont je reproduis ici le début, puis ensuite ma petite version personnelle, histoire de donner à d'autres l'envie de se lancer également dans le pastiche décomplexé...
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées
Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !
La radio ivre
Comme je me répandais sur les ondes invisibles,
Je me sentis gagné par une chaleur:
Du gros rouge mon pinard me rendait impassible
J'avais éclusé sec pendant deux heures.
J'étais insoucieux de mon langage,
Porteur de mots intelligents ou d'idées au rabais,
Quand les vapeurs ont commencé leurs ravages
En vain on a essayé de comprendre ce que je disais.
Dans des bégayements curieux, effarés
Moi, les jeux de mots plus lourds que ceux d'un régiment,
Je discourus ! Et mon public effrayé
N'a pas subi propos plus incohérent.
Être pompette m'a guéri de ma légère déprime
Plus gracieux qu'un cochon, j'ai fait danser les mots
Qu'on caresse en douceur pour en faire des rimes,
Et pour ça, une nuit sans fermer l'œil, c'était ballot !