Il existe deux grandes catégories de voyageurs : les aventuriers et les organisés. A cela s'ajoute des sous-catégories : les inconscients, les insouciants, les stressés... Moi, j'appartiens plutôt à la catégorie des voyageurs intellos. Ceux qui aiment se documenter avant chaque voyage pour en savoir le plus possible sur le lieu de leur destination afin d'en tirer un profil culturel maximum. Ainsi, comme j'ai prévu de peut-être retourner au Louvre, si j'ai le temps, j'ai relu un beau livre sur ce musée. Sinon, comme je vais prendre le train pour me rendre à Paris, je me documente sur... le TGV ! Bon, j'exagère un peu... En fait, mon éditeur (La part commune) m'a généreusement envoyé un exemplaire d'un autre auteur qui devrait être présent au salon du livre : Pierre Vinclair. Le bougre est plus jeune que moi et a déjà publié chez Gallimard... Enfin, cela me confirme dans l'idée que cette maison d'édition est vraiment sérieuse et très bien réputée. Le livre en question est consacré aux voyages en train de ce jeune professeur de philosophie : Ce monde en train. Evidemment, ce que j'aime (sans doute comme vous), c'est cette parité d'émotions et ces expériences dans lesquelles je me retrouve. Ainsi, ce passage décrivant très bien une situation qui ne manque jamais de m'énerver également :
« A peine a-t-il démarré que son ombre me signale la présence d'un jeune homme, debout au milieu du couloir, tordu sur son billet ; frénétiquement il hoche la tête vers le lieu où éclosent, en fleurs de désordre, mes sacs éventrés. Je n'ai pas le temps de me demander de quel TOC est atteint ce brave garçon : il m'apprend immédiatement, mi-sec mi-gêné, que quarante-sept, c'est sa place. Je lève les yeux au plafond pour moquer la futilité de ses motivations, souligne cette première mimique d'une invitation désignant du menton la multitude de places vides, et me replonge dans les affaires courantes - mais il reste planté là , insupportable avec son air de « je suis dans mon droit ! J'ai la Justice avec moi ! » Encore un type qui prend la loterie informatique pour un commandement divin, ou quoi ? Agacé, je me lève de sa chère place et vais poser mes trucs trois rangées plus loin, « avec l'envie de crier : « t'as peur que le contrôleur te gronde, eh, ducon ? » (ce qu'évidemment je ne fais pas). »
Fin de citation.
C'est vrai qu'autant c'est pénible de voir sa place déjà occupée quand le train est bondée, qu'il semble absurde de se faire déloger quand toutes les autres sont libres. Je me souviens qu'une fois, ma place ayant été déjà prise, j'avais avisé un autre fauteuil et m'y étais assis, trouvant idiot de déloger l'autre alors que je pouvais trouver de la place ailleurs. Sauf que le propriétaire légitime est venu m'en déloger quelque temps après. Je me suis donc assis autre part, jusqu'à ce que, là encore, on m'en chasse... Et moi qui était le propriétaire légitime d'une place attitrée, j'étais ainsi ballotté de siège en siège, dans une sorte de curieuse pérégrination. Enfin, comme je prends rarement le train, ce genre de chose ne me dérange pas beaucoup. Cela reste suffisamment occasionnel pour que les deux heures (je crois) qui me séparent de Paris passent rapidement en pensées de toutes sortes. En l'occurrence, je sais déjà à quoi je vais réfléchir. Il va falloir que je « rentabilise » au maximum mon voyage. Vendre des livres, bien sûr, mais aussi sonder mes éditeurs pour voir s'il est possible d'anticiper sur la publication de mes autres écrits. En fait, les deux sont liés, évidemment. S'il y a du monde et que mes livres plaisent, il est certain que mon éditeur prêtera une oreille plus attentive à mes propositions, ou plutôt à mes sollicitations... Je compte aussi alpaguer quelques journalistes, si c'est possible. Ce sont eux qui font la pluie et le beau temps et obtenir un article, si possible élogieux, de la part d'un média national, est déterminant. Et enfin, il y a la part considérable accordée au plaisir. Eh oui, je suis aussi un grand lecteur et me retrouver au milieu de tous ces livres va vraiment m'enchanter. Et cerise sur le gâteau, je vais revoir de vieux amis, de nouveaux, je vais rencontrer des lecteurs, ou plutôt des lectrices de ce blog... enfin, cela va sûrement être très sympa ! Du coup, j'ai renoncé à mettre en douce de la vodka dans ma bouteille d'eau ou à m'acheter ces petites fioles d'alcool qu'on vend près des caisses dans les supérettes et qui me semblaient très appropriées à ma préparation et à ma décontraction mentale...