Jeudi 19 mars 2009 4 19 /03 /Mars /2009 00:20

Je suis fou des chats, hélas mon appartement est trop petit et je ne peux pas en avoir pour l'instant. Les livres occupent désormais presque tout l'espace et de surcroît mon balcon communique avec d'autres et connaissant mon voisinage immédiat, il me semble que ce serait prendre un trop gros risque que de le laisser se promener librement hors du sanctuaire que peut être mon petit T1 bis. Pourtant, j'ai eu pendant un court moment, quelques semaines, un petit chat. C'était assez exceptionnel car je l'avais trouvé un soir, assez tard, transi de froid au pied de ma résidence. Il devait neiger, ce qui est assez rare à Angers, et ce pauvre chaton avait des miaulements vraiment pathétiques. Il semblait vraiment abandonné... Comment faire autrement que de lui trouver un hébergement d'urgence ? Evidemment, cet hébergement a duré plus longtemps que prévu mais le chaton devenant peu à peu une chatte extrêmement turbulente, il apparaissait que j'allais devoir trouver une autre solution. J'ai donc fini par me résoudre à le donner à une cousine habitant à la campagne...

Enfin, j'imagine que certains doivent se dire: « il nous embête avec son histoire de chat, où est-ce qu'il veut en venir et quand est-ce qu'il va nous parler de cette femme qu'il a abandonnée ? »...

Et là, je vais vous décevoir.

En fait, j'avais appelé cette petite moumoute Mitsu, du nom d'une héroïne d'un roman que j'avais beaucoup aimé. Il s'agit justement de La fille que j'ai abandonnée de Shûsaku Endô. Je crois que cet auteur est encore peu connu en France, pourtant c'est un des plus grands écrivains japonais, et « un des plus grands romanciers de notre temps » (Graham Greene). Le héros est un séducteur impénitent qui développe toutes sortes de théories sur la séduction et sur l'amour :


« Si on pouvait impressionner une femme dès le premier abord, elle se souviendrait certainement de vous. A tort ou à raison, c'était un point de départ et de là il fallait attaquer sans cesse. Téléphoner, prendre un rendez-vous et le jour dit, lui déclarer aussitôt votre amour. Ne pas capituler en cas de refus et lors du tête-à-tête suivant avec une autre fille, faire en sorte que la première vous voie avec la deuxième. Les résultats étaient garantis. Tout femme est jalouse et c'est là son talon d'Achille. »


Cet étudiant n'hésite pas à inventer des fausses citations et à développer tout un argumentaire fallacieux pour arriver à ses fins :


« - Tu ne m'aimes pas ?

-         Si. Je t'aime. 

-         Alors ! Prouve-le moi. Pour nous, étudiants, le dire n'est pas suffisant. Selon Marx, quand on aime, on doit tout donner, sinon c'est de l'égoïsme. »

Bien entendu, c'était des bêtises, si Marx entendait cela, il en pleurerait sans aucun doute !

« D'abord, attacher de l'importance à sa virginité est une mentalité réactionnaire et dépassée. Les filles à l'université sont progressistes et s'en débarrassent au plus vite. Cette tradition pesante freine l'évolution de la femme japonaise. Tu n'as pas appris ça à l'école ?

-         Non, non, c'est trop compliqué.

-         Ah bon ? On ne vous enseigne pas ces choses raffinées à l'école ? Cependant à la fac, on nous a appris que les hommes et les femmes sont égaux en amour et qu'il faut se débarrasser de concepts dépassés tels que celui de la pureté. Tu comprends ? »


Enfin, qu'on ne juge pas le roman d'après les extraits que je viens de marquer, il est plus subtil que cela, et je sais qu'il m'avait vraiment enchanté. Pour vous faire une idée plus juste, je vais recopier la quatrième de couverture (la quat' de couv', comme on dit à Paris...) :


« « Sans même lui dire au revoir, ni lui faire un signe de la main, je montai dans le wagon. J'entendis sa voix crier quelque chose dans mon dos - « quand se revoit-on ? »- mais les portes se refermèrent avant qu'elle ait pu terminer sa phrase. Alors que le train s'ébranlait lentement, j'éprouvai une joie cruelle en me retournant vers la fenêtre : Mitsu, la bouche ouverte, incrédule, trottait le long du quai, une main à moitié en l'air... »

Pour Yoshioka, son aventure d'une nuit avec la naïve et fragile Mitsu est sans lendemain. Il l'abandonne et ne se préoccupe plus que de réussir sa vie. Mais après quelques années, peu à peu, l'idée de la revoir l'obsède. Il va la rechercher dans tout Tokyo et découvrir son tragique destin... »


Voilà, je vous le recommande fortement ! Vous avez sans doute déjà constaté que je pouvais être de bon conseil, aussi n'hésitez pas, c'est un roman superbe ! On le trouve en poche, chez Folio.

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