Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 00:12

Vous êtes écrivain et vous cherchez un complément de revenu ? C'est simple, devenez escroc ! Pas n'importe quelles escroqueries, bien sûr, celles qui sont dans votre domaine de compétence : l'écriture.

Premier cas de figure, vous êtes un écrivain complètement inconnu et vos dédicaces n'ont encore aucune valeur. Pas de problème, vendez celles des autres, les célébrités de la littérature. Malraux (encore lui !) vendait à tous les libraires de son quartier de fausses dédicaces de Montherlant et de Camus qu'il réalisait lui-même. Pascal Pia faisait de même avez Radiguet et Apollinaire. Et si vous commencez à être un peu connu, vous pouvez faire comme Paul Valéry qui arrondissait ses fins de mois des copies manuscrites de ses brouillons (supposés uniques mais qu'il recopiait à la chaîne)...

Autre imposture : nègre littéraire. Vous écrivez pour une célébrité qui ne sait pas écrire ou qui n'en n'a pas le temps. Un complément de salaire non négligeable sans les inconvénients de la publication (critiques, promotion à assurer...). Un inconvénient majeur cependant, le risque de demeurer éternellement dans l'ombre des autres. Certes, cela peut être un marche pied à sa création et à sa propre célébrité, comme Lovecraft nègre du grand magicien Houdini avant de se faire connaître par ses récits fantastiques, mais d'un autre côté on peut passer à côté de sa carrière et de la reconnaissance, comme André Laurie dont tout le monde ignore l'existence alors qu'il a écrit « Les 500 millions de la Begum » pour un Jules Verne un peu trop occupé...

En ce qui me concerne, je ne devrais peut-être pas le dire, mais j'ai commencé ma petite carrière de nègre littéraire lors de mon service militaire. Mes camarades avaient vite repéré mon goût de la lecture et de l'écriture et comme ils n'étaient pas très doués dans ce domaine, on m'a sollicité pour toutes sortes de service (écrire une demande de permission, un rapport d'incident, une autorisation d'absence...) mais là où j'ai eu le plus de succès, c'est dans l'écriture des lettres d'amour que mes camarades de chambrée devaient envoyer à leurs petites amies... Une très bonne école du style car il me fallait quand même pénétrer la psychologie de celui qui était supposé l'écrire mais en y mettant suffisamment de poésie et de délicatesse pour qu'il en soit satisfait et que son amie soit impressionnée... Je n'étais en gros qu'une sorte d'interprète payé en barres chocolatées...

Et maintenant je gagne ma vie en vendant de vrais autographes de Marc Lefrançois.

 

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