Lorsqu’on est artiste peintre, mieux vaut se laisser pousser les moustaches de Dali que de se couper l’oreille de Van Gogh. Autrement dit, il est préférable de se montrer audacieux plutôt que désespéré, sauf évidemment si l’on est tenté par la gloire posthume.
« De l’audace, encore de l’audace, et toujours de l’audace ».
Et j’irais même plus loin que Danton en disant qu’il faut aussi de l’inventivité et un brin d’impertinence. Une anecdote concernant Jacopo Robusti, alias Le Tintoret, m’amuse et illustre bien cette nécessité pour l’artiste voulant vivre de son art de se montrer audacieux.
Pensez bien qu’au seizième siècle, Venise regorge de génies et que si l’on veut décrocher une commande, il
faut vraiment sortir le grand jeu. Un concours est organisé par la confrérie de Saint Roch pour décorer le plafond de la Sala dell’Albergo. Le Tintoret se présente, mais il a comme concurrents
d’autres peintres tout aussi illustres : Véronèse, Andrea Schiavone, Federico Zuccari…
Chacun doit présenter son projet et le jour où le jury se décide, chaque candidat arrive avec des plans et des dessins pour expliquer et mettre en valeur idées et technique picturale… sauf Le Tintoret. Ce dernier a non seulement terminé et peint l’œuvre définitive, mais l’a déjà fait installer au plafond ! Le jury est bien sûr un peu surpris et irrité par cette audace un peu trop insolente, mais le peintre sait se montrer particulièrement malin en feignant vouer sa peinture au Saint et renoncer à toute rémunération. Il baisse donc scandaleusement les prix du marché pour emporter le morceau, ce qui lui assurera par la suite une vingtaine d’années de commandes fructueuses et ininterrompues…