Etrange capacité des génies à conserver presque intactes leurs facultés alors même qu’ils perdent leur sens le plus précieux. Je pense à Claude Monet perdant la vue et à Beethoven devenant sourd. Parfois cette perte, pourtant tragique, donne à leur œuvre une dimension qu’elle n’avait peut-être pas à l’origine. Ainsi, les dernières œuvres de Turner se caractérisent pas un chaos de formes et de couleurs que l’on peut aussi bien attribuer à l’extrême maturité de son art comme à une maladie de la cornée. Un oculiste aurait diagnostiqué une déviation de son sens optique et élaboré des lunettes spéciales permettant de voir ses tableaux comme ils auraient été peints si Turner avait joui jusqu’au bout d’une vue normale… Reste à se demander de quels troubles pouvaient bien souffrir Picasso…
[Turner: Pluie, vapeur et vitesse]