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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /2009 00:34

Pour Jules Renard, « plus on lit, moins on imite » ; c’est sans doute vrai mais c’est oublier un peu vite le risque que peut entraîner pour un écrivain ce qu’on appelle le « plagiat involontaire ». Moi qui lis tellement, je ne sais pas parfois si telle nouvelle idée de roman est une idée originale où si ce n’est pas la trame d’un livre lu autrefois et oublié depuis. Et il y a aussi le sens de la formule qui peut s’inspirer malgré nous d’illustres prédécesseurs. Ainsi, par exemple, les aphorismes que j’ai mis dans mon blog sont originaux, mais comme j’aborde souvent des thèmes assez populaires comme l’amour, le désir, le plaisir… Il est probable que l’on puisse trouver des citations assez proches des miennes…

Je dis cela car je repense à ce livre de Douglas Kennedy que j’ai lu récemment : Rien ne va plus. Un auteur à succès fait l’objet d’une injuste cabale car on le soupçonne d’avoir plagié un autre auteur, alors même qu’il ne s’agit que d’une malheureuse coïncidence… 

En revanche, ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est le plagiat volontaire, l’imitation servile. Jacques Godbout donnait ce conseil : « Comment faire un livre. Imite qui tu veux, si t’es génial, ça ne paraîtra pas, mais autrement copie-toi toi-même ». Un conseil que beaucoup n’ont pas la sagesse, ou la modestie de suivre. Je me souviens de ce célèbre animateur du samedi soir qui s’est fait attraper pour avoir carrément pompé une vingtaine de pages de son dernier livre sur un obscur inconnu. C’est vraiment idiot, surtout lorsqu’on est une célébrité du petit écran car on peut être sûr qu’il y aura toujours, à un moment ou un autre, un spécialiste de cet obscur inconnu pour démasquer l’imposture. Lorsque j’étais étudiant, j’avais un professeur spécialiste d’Hugues Rebell qui s’était rendu compte qu’une écrivaine contemporaine venait d’avoir un prestigieux prix littéraire (je ne sais plus lequel, le Femina je crois, et j’ai oublié le nom de la femme et de son livre) pour un roman qui était une copie presque exacte des « Nuits chaudes du cap français ». Je crois qu’il voulait intenter un procès, mais je ne sais pas ce que cela a donné… Il faut dire que les plagiaires impunis sont nombreux et que certains sont très célèbres. Voilà quelques exemples trouvés dans le « Dictionnaire des plagiaires » de Roland de Chaudenay :

 

Passage écrit par Théophile Gautier  dans ses Portraits contemporains :

« Les cheveux […] scintillent et se contournent aux faux jours en manière de filigranes d’or bruni. Le front large, plein, bombé […] attire et retient bien la lumière qui s’y joue en luisants satinés. […] une prunelle brune scintille sous un sourcil pâle et velouté d’une extrême douceur […] le nez fin et mince, d’un contour assez aquilin, et presque royal. »

 

Voilà un extrait de Béatrix de Balzac, publié deux ans plus tard :

« …cette chevelure, au lieu d’avoir une couleur indécise, scintillait au jour comme des filigranes d’or bruni. Son front large et bien taillé recevait avec amour la lumière qui s’y jouiat en des luisants satinés. Sa prunelle, d’un bleu de turquoise, brillait, sous un sourcil pâle et velouté, d’une extrême douceur. […] Ce nez, d’un contour aquilin, mince, avec je ne sais quoi de royal… »

 

Chez Boileau : « L’avarice bientôt, au teint livide et blême… »

Chez Voltaire : « La sombre jalousie au teint pâle et livide. »

Chez Beaumarchais : « L’envie, aux doigts crochus, au teint pâle et livide. »

 

Chez Corneille :

« Le seul bruit de mon nom renverse les murailles,

Force les escadrons, et gagne les batailles. »

 

Qu’on retrouve chez Boileau :

« Condé dont le seul nom fait tomber les murailles,

Défait les escadrons, et gagne les batailles. »

 

Corneille n’hésitant pas à recourir aux mêmes procédés. Ainsi, on a chez Garnier :

« Faites dessus la plaine ondoyer votre sang

Coulant à gros bouillons de son généreux flanc »

 

Qu’on retrouve dans le Cid de Corneille :

« Sire, mon père est mort, mes yeux ont vu le sang

Couler à gros bouillons de son généreux flanc. »

 

La Bruyère qui trouve son « Les hommes commencent par l’amour et finissent par l’ambition » chez Pascal (« Qu’une vie est heureuse quand elle commence par l’amour et finit par l’ambition »).

Evidemment, je ne parle pas de La Fontaine qui a tout pompé dans Esope, d’Alexandre Dumas père dont on disait que personne n’avait lu l’ensemble de son œuvre, pas même lui (du « Vicomte de Bragelonne », il n’a écrit qu’une scène de duel), Jules Vernes dont j’ai déjà parlé et d’Alphonse Daudet qui a piqué à son ami de jeunesse ses meilleurs nouvelles (eh oui, je le rappelle encore une fois, mais « La chèvre de monsieur Seguin » est de Paul Arène).

 

Même les plus célèbres vers ne sont pas épargnés, ainsi celui que Larmatine :

« Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices,… »

ressemble assez étrangement à une Ode d’Antoine-Léonard Thomas :

« Ô temps, suspends ton vol ! Respecte ma jeunesse ! »

 

Pire encore, le vers le plus célèbre de Lamartine :

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »

vient en réalité d’un poète créole, Nicolas-Germain Léonard :

« Un seul être me manque, et tout est dépeuplé ! »

Il est vrai  que Lamartine à tout de même changé le pronom…

A quoi j’avais, modestement mais avec toute mon irrévérence coutumière, apporté ma petite contribution avec mon fameux :

« Un seul hêtre vous manque, et tout est déboisé ».

 

Enfin, il y en a 300 pages… A ce propos, je voulais mettre une citation que j’avais trouvée mise en exergue dans un livre lu récemment, mais je n’ai pas retrouvé mes notes. Cela disait en gros « qu’un mauvais poète s’inspire timidement des autres, alors qu’un génie copie sans vergogne… »

Enfin, c’était mieux dit…


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