Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 00:05

Curieuse cette passion pour les armes à feu de la part d’un homme de lettres. De la part du créateur d’Ubu et du Surmâle, on aurait pu s’attendre à un autre objet fétiche. Je ne sais pas : une plume, une bouteille d’absinthe, une canne…

Ce qui est amusant, c’est qu’il avait réussi à communiquer cette passion à toute la bande de la Closerie des Lilas, Apollinaire le premier…

D’une certaine façon, son six-coups fut la grande passion de sa vie, lui qui n’aimait guère personne, en dehors de quelques amis proches. C’était au point qu’il le sortait à tout bout de champ.

Un soir qu’il dîne, Manolo, un ami de Picasso, s’approche pour faire sa connaissance. Ce qui déplaît à Jarry. Après tout, il mange, mieux vaut ne pas le déranger. Il sort alors son révolver et tire dans les rideaux du restaurant. Le message est passé.

Une autre fois, attablé dans un café et assis à côté d’une femme, il se lèvre, dégaine et tire dans une glace. Celle-ci explose. Affolement général. Sauf notre Jarry qui, toujours aussi calme, se tourne vers la dame et lui dit : « Maintenant que la glace est rompue, causons. »

Au moins, il faut lui reconnaître qu’il sait parler aux femmes !

Alors qu’il s’exerce à tirer au pistolet dans son jardin, survient la voisine, affolée :

-         Mais arrêtez, misérable ! Vous aller tuer mes enfants !

-         Aucune importance, madame, je vous en ferais d’autres !

  Felix-Labisse.jpg

Alfred Jarry par Félix Labisse

(Le Douanier Rousseau avait réalisé un portrait de l’écrivain qu’il lui avait offert, mais celui-ci, ne pouvant se voir (même en peinture !), avait pris une paire de ciseaux et « soustrait de la toile sa propre image dont on n’aperçoit que la silhouette, formant un vide. » (André Salmon)

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