Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /Fév /2010 00:06

Je ne sais pas pourquoi je pense à cela en ce moment, mais je me dis que parfois une réputation peut être bien mal fondée et ne se devoir qu’au hasard et à une délicieuse ambiguïté. Cela remonte au collège où j’avais naturellement le statut de « roi du CDI », pour ne pas dire « rat de bibliothèque » (j’étais le seul qui avait besoin de plusieurs fiches d’emprunts dans l’année, la bibliothécaire n’ayant jamais vu cela dans sa carrière). Je suppose que mes camarades, en me prêtant un intérêt uniquement livresque, se faisaient de moi une certaine idée pas forcément valorisante. Et pourtant tout cela fut changé en l’espace d’une seule journée.

Comme de naturel, je faisais partie de club scrabble de mon école. Je ne me souviens plus si j’étais bon ou pas. Dans le doute, on va dire que j’étais le meilleur. Toujours est-il qu’un jour, sans trop savoir pourquoi, je propose comme mot le terme « baiser ». Je crois que j’avais pensé à « donner un baiser », pensée qui devait sans doute posséder mon esprit bien plus que celle de ces maudits verbes irréguliers anglais.

Je me souviens parfaitement du moment de stupeur qui suivit et de la muette interrogation de mes camarades sidérés. Un brouhaha de tous les diables et de furieux applaudissement me firent rapidement découvrir le sens dans lequel ils avaient interprété le mot. Silence un peu embarrassé de ma prof qui fit mine de croire que j’ai voulu parler du « baiser » chaste et romantique qu’on trouve dans les livres. Bien sûr, je me rangeais de son avis, mais mes camarades ne m’en tinrent aucunement rigueur. Pour eux, j’avais fait preuve d’une audace incroyable et en plus je m’en étais sorti grâce à une pirouette…

Baiser

[Le baiser volé, Fragonard]


C’est amusant car un de mes amis, qui devait également avoir une réputation de solide intello (je suis sûr qu’il lisait déjà Le monde au collège !), connut ce genre de retournement de réputation, mais pour des raisons moins innocentes : il faisait partie du club d’échecs de son établissement jusqu’à ce qu’il s’en fasse renvoyer pour s’être fait surprendre en train de feuilleter les pages lingeries du catalogue La Redoute. Par discrétion, je me garderais bien de révéler son nom, mais il me suffira de dire qu’il a rencontré récemment le fameux John B. Root lors de je ne sais quelle rétrospective équivoque de son cinéclub de quartier pour comprendre que le côté obscur semble l’avoir définitivement emporté…

 


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