Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /Avr /2010 00:37

Très intéressant et instructif ce dossier paru dans le denier numéro du magazine « Lire ». « Ce que gagnent les écrivains, enquête sur un tabou ». Car oui, c’est un tabou, comme l’affirme l’éditorialiste François Busnel pour qui c’est « une façon de lutter contre ce pharisaïsme mondain qui prévaut trop souvent : artiste pur et tout entier dévoué à la seule Littérature, d’un côté ; mercenaire prêt à se laisser soudoyer, de l’autre ».

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Je connais bien cet apparent paradoxe qui nous fait sans arrêt osciller d’un statut à l’autre. C’est vrai qu’être écrivain n’est pas exercer un métier tout à fait comme les autres et cette différence s’affirme au point qu’il peut arriver qu’on nous refuse la possibilité d’en faire un métier, c’est-à-dire d’en vivre. Pourtant, maintenant que je vis de ma plume, je mesure les sacrifices que j’ai faits pour en arriver là et me dis que je mérite bien la reconnaissance d’homme de lettres. Surtout lorsqu’on sait le snobisme dont font preuve certains à l’égard de toute personne faisant aveu d’écrire.

Toujours cette même hiérarchie qui vous placera plus ou moins haut dans ces esprits selon la place que vous occupez officiellement dans le monde de l’édition ou des médias. Il y a trois ans, je n’avais rien publié et je voyais bien les sourires moqueurs ou gentiment condescendants lorsqu’après avoir imprudemment confié écrire, à l’inévitable question « et vous êtes publié ? » j’étais obligé d’avouer que « non, pas encore ». Je savais d’emblée que la considération intellectuelle ne commençait à être donnée qu’avec une première publication. Mais cela ne s’est pas arrêté, car la question suivante fut « mais c’est quoi votre boulot à côté ? ». Finalement, pour que l’on prenne vraiment au sérieux ma passion de l’écriture, il a fallu non seulement je sois publié, mais que je parvienne à en vivre exclusivement. Et pourtant, je ne me considère pas meilleur pour autant.

Enfin, je suis conscient de cette hiérarchie de jugement qui existe, mais ce qui est déroutant c’est que d’une part on vous juge « vrai écrivain » si vous arrivez à vivre de votre plume, mais que d’autre part on attend de vous une sorte d’ascétisme qui vous interdirait de parler d’argent et de faire la promo de vos propres livres. Comme si essayer de vendre plus pour gagner simplement sa vie était profondément obscène et incompatible avec l’idée de l’artiste bohème vivant pleinement sa passion.

Et bien justement, pour vivre ma passion, et pour vivre de ma passion, j’ai besoin de parler de mes livres et de faire parler de moi. Non seulement ce n’est pas incompatible avec cet amour de la littérature qui m’accompagne depuis mon enfance et qui domine toute mon existence, mais c’est le seul moyen de vivre pleinement cet amour sans renoncement ni compromis. Je cours donc après les médias, détournant une partie de l’énergie que je pourrais investir plus utilement dans la lecture ou l’écriture, non par une sorte d’impulsion mégalomaniaque, mais par nécessité professionnelle. Je ne suis pas un négociant sans entrailles mais quelqu’un qui a besoin de vendre le produit de son art pour pouvoir justement aller plus loin dans l’exploration de cet art.

Il est vrai que, comme l’avoue un éditeur, si le cinéma et la musique s’assument comme industrie, dans l’édition, qui se vit comme un pan de la culture, on ne parle pas d’argent, qui est sale et forcément aux antipodes de la culture avec un grand C.

Enfin, je ne vais pas refaire le débat sur la culture et la place de l’argent, je conseille plutôt la lecture de ce numéro de Lire. Lecture qui sera sûrement plus instructive pour tous ceux qui veulent entreprendre de vivre de leur plume.

D’abord, quelques chiffres que je confirme : le contrat type prévoit que l’auteur touche environ 8% de droits d’auteur. C’est ce que je touche actuellement. Les plus connus peuvent plafonner à 14 ou 15%. D’Ormesson est d’ailleurs surnommé « Monsieur 18% » ! A l’inverse, des auteurs débutants ne peuvent percevoir que 5 ou 6%. Après, cela peut être différent selon la maison d’édition (se méfier des contrats du type 2% jusqu’au 400° exemplaire vendu, puis après 4% jusqu’au 500°… etc etc… sachant que pour un jeune auteur, il est difficile de dépasser les 400 exemplaires vendus. Certaines maisons publient donc un premier roman en sachant qu’elles ne verseront presque rien à l’auteur.). Pour chaque livre vendu, vous touchez donc environ 1 euro. Ce qui permet de se faire une idée…

Pour les à-valoir, ne pas trop rêver. Ils sont réservés en général aux auteurs connus ayant déjà réalisé un best-seller. D’après Lire, Marie Billetdoux a touché en 1997 une avance (non remboursable) de 325 000 francs sur son roman à venir, Pascal Jardin 800 000 francs et Houellebecq aurait touché 1,3 millions d’euros… En matière de droits d’auteur, on peut noter la belle performance de Muriel Barbery dont L’élégance du hérisson lui aurait rapporté 3 350 000 euros.

En dehors des à-valoir et droits d’auteur, il y a heureusement d’autres possibilités de gagner de l’argent avec sa plume. Les résidences d’écrivains, par exemple. Un de mes collègues avec qui j’étais en dédicace pour les éditions La part commune, vient d’ailleurs d’en décrocher une au Japon. Je crois qu’il s’agit de la villa Kujoyama où vous êtes hébergé, vos frais de déplacements sont remboursés (France-Japon), et vous touchez 2000 euros d’argent de poche par mois avec comme seule obligation d’écrire un livre… Il y a aussi les prix littéraires qui peuvent être dotés de plusieurs dizaines de milliers d’euros et les bourses d’aide à l’écriture, tout aussi intéressantes.

Bon, on en vient à ma méthode pour vivre de ma plume : la négritude.

Autrement dit, être nègre littéraire. Je préfère d’ailleurs le terme anglo-saxon de Ghostwritter, « écrivain fantôme ». Cela consiste à prêter sa plume à quelques célébrités n’ayant ni le temps ni le talent pour écrire leur propre livre. D’après le magazine, l’auteur touche une avance de 4 à 5000 euros et un pourcentage de 2% sur les ventes. Evidemment, je ne vais pas rentrer dans les détails en ce qui me concerne, sauf que je suis au-dessus de ces chiffres. Il faut dire que je me fais connaître pour mes propres écrits, ce qui joue évidemment en ma faveur. J’espère d’ailleurs pouvoir bientôt de m’affranchir de ce travail, pourtant très formateur au niveau du style et de l’écriture d’un livre…

Maintenant, si vous voulez en savoir plus, je vous recommande la lecture de l’article en question, sinon, pour ceux qui désirent en connaître davantage sur la publication, je vous renvoie à un autre de mes articles, (10 conseils pour être publié) ainsi qu’à cet excellent guide qu’est Audace, un annuaire des principales maisons d’édition et un guide vous permettant de vous faire publier plus facilement.

 


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ISSN : 2267-0742

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