Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 00:01

Je pensais intituler cet article « Comment résister à la torture », mais sans doute cela était-il un peu moins attractif.

En fait, je me souviens d’un passage dans Hannibal, le roman de Thomas Harris, où le docteur Lecter est torturé, ou va l’être. Pour tenir le coup, il s’évade mentalement en se construisant une sorte de palais idéal, riche d’une multitude d’œuvre d’art qu’il se plaît à contempler. C’est en errant dans ce palais-musée, en visitant tous ces chefs-d’œuvre, qu’il peut ainsi résister physiquement.

Hannibal-Lecter.jpg

C’est une technique mentale qui peut trouver des applications concrètes dans des situations moins extrêmes. Je pense notamment aux examens, à l’attente des résultats, à l’ouverture du courrier de son éditeur faisant le décompte des ventes…

J’en ai trouvé une variante intéressante chez Mircea Eliade dont je relis avec plaisir le premier volume de ses mémoires (Les promesses de l'équinoxe) :

mircea-eliade-portrait.jpg

« Je pratiquais à l’époque un exercice psychique qui me protégeait intérieurement et me rendait invulnérable. Je m’allongeais sur mon lit, fermais les yeux et me transportais par l’imagination dans un autre monde, choisi parmi ceux qui avaient alors ma prédilection : l’un des univers des romans d’astronomie chez à Camille Flammarion, l’ancienne Egypte, la Mésopotamie, l’Inde védique, ou encore la Grèce des mystères orphiques. Me concentrant au maximum, évitant de faire le moindre geste, je restais ainsi immobile une demi-heure environ. Je me sentais alors peu à peu prendre corps dans l’un de ces mondes abolis ou extra-terrestres. Je me mettais à y vivre, à me mouvoir dans un paysage dont l’existence devenait effective au point de constituer l’unique réalité. Là, je rencontrais des êtres extraordinaires, d’une grande élévation de pensée – autrement dit dont les préoccupations rejoignaient les miennes. Je les écoutais traiter de problèmes importants et dont l’intérêt était pour moi évident, tels que l’impossibilité de prouver l’existence de Dieu, ou l’immortalité de l’âme. Lorsqu’un exercice prenait fin, je me réveillais indifférent à tout ce qui m’arrivait ou aurait pu m’arriver. »

Mircea-Eliade-si-Maitreyi.jpg

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