Partager l'article ! Docteur House et Mister Balzac: Balzac psychopathe. Le diagnostic est tombé. Il vient du docteur Esquirol qui est invité à la même table que ...
Balzac psychopathe. Le diagnostic est tombé. Il vient du docteur Esquirol qui est invité à la même table que l’inventeur de la Comédie
humaine. Il a donc l’occasion de l’observer à loisir et devine tout de suite qu’il est atteint d’une psychose maniaco-dépressive doublée d’une maladie de Cushing (dont on pourra reconnaître les
symptômes grâce au daguerréotype de Nadar et à la sculpture de Rodin : faciès élargi et rougeaud, avec hypertrophie de la boule de Bichat, coup infiltré et court…). Ces deux affections
provoquent chez le malade une surproduction de CAT, des neurotransmetteurs cérébraux chargés de régler la vigilance, l’agressivité et la mémoire.
Je ne peux m’empêcher d’imaginer un épisode du docteur House dans lequel seraient confrontés les deux génies. Le choc de deux cannes en quelque sorte. Hélas, House n’aurait pas manqué d’identifier et de soigner le Cushing. Bien sûr, Balzac se serait manqué rétif au traitement, mais n’aurait pas tardé à tomber sous le charme mûr du docteur Cuddy. Et voilà notre Honoré qui prend bien sagement ses petites pilules et qui ne tarde pas à être complètement guéri.
House est content, Cuddy est satisfaite. Son hôpital s’honore d’avoir sauvé le grand écrivain.
Sauvé ? Pas tout à fait. L’homme est guéri, mais le génie est mort. Désormais, il n’écrira plus rien.
En effet, le cushing favorise l’hypersécrétion des hormones androgène, et en multipliant par dix les hormones de la médullosurrénale, il multiplie d’autant les relais cérébraux, entraînant ainsi l’hyperactivité intellectuelle de l’individu. L’imagination, la richesse des idées, des expressions et la facilité d’élocution sont extraordinaires chez un malade affligé de ce syndrome. Ce dernier est capable de concevoir mille projets, de formidables combinaisons d’affaires, d’inventions et d’idées artistiques. Certes, à l’imagination débridée correspond aussi une instabilité du comportement caractéristique. On connaît la psychose maniaco-dépressive de Balzac, cette oscillation perpétuelle entre l’enthousiasme le plus délirant et l’abattement le plus profond, entre l’excitation la plus sauvage et la dépression la plus grave. On conçoit sa réjouissante euphorie, sa jovialité heureuse, son étonnante extraversion, mais aussi sa mythomanie morbide, ses terribles pertes de moral, son inertie indicible…
Les signes fonctionnels de sa psychose ont d’ailleurs été rapportés par ses proches mais qui n’y voyaient pas la douloureuse pathologie mais la marque lumineuse d’un génie mystérieux et unique.
C’est donc peut-être égoïste et assez peu humaniste, mais je préfère Balzac malade, avec son mystère et son génie, que guéri et improductif. De même que Proust pensait qu’un homme heureux est tout simplement heureux, qu’il n’est pas un créateur, un artiste, un poète… je dirais qu’un homme sain de corps et d’esprit est tout simplement, et tout banalement en bonne santé. C’est peut-être un agent efficace de la société de consommation, mais c’est moins sûrement un génie universel. C’est pourquoi je dirais au docteur house : pas de surrénalectomie pour le patient Balzac !
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