Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 00:41

AS : Comme l’article est un peu long et que c’est surtout un billet d’humeur, donc pas très intéressant, vous n’allez peut-être pas aller jusqu’au bout... Aussi, comme il est question de poésie, j’en profite pour indiquer le blog d’un poète, Serge Prioul. Je pourrais dire des choses sympas sur lui, mais étant donné ce qu’il dit, j’aurais l’air partisan… Aussi, je n’ai qu’une chose à faire, c’est de vous recommander son poème intitulé « Tourterelle ». Vous comprendrez pourquoi j’ai tenu à vous le présenter : Serge Prioul

 

Bon, maintenant, si vous avez du temps à perdre et que vous voulez vous amuser des émois de poètes en colère voici ce dont il s’agit :

Je suis un peu énervé par des commentaires faits sur le blog d’Evajoe (Evajoe). Je ne sais pas pourquoi elle s'énerve puisque ce n'est pas après elle que j'en avais, j'allais lire régulièrement son blog, mais après quelques fâcheux que j'aurais choqués par ma poésie et mon "irrespect". En fait, je m’étais permis une petite digression légèrement grivoise sur un poème d’amour qu’elle avait fait :

« Laisse moi te dire je t’aime

Et balbutier tous ces mots fous

Ne te mets pas à mes genoux

Tu sais je suis moi-même. »

 

Et voilà la version que j’ai osé en faire :

 

Laisse-moi entendre que tu m’aimes

Et te culbuter sur l’édredon mou

Et si tu te mets à genoux

Sache que je te suivrais moi-même…

 

Oh… ce n’est pas bien ça ! Oui, je reconnais, j’ai été un vilain vilain garçon ! Je mérite une fessée…

 

Ecrit à l’emporte-pièce, il n’était évidemment pas destiné à marquer les esprits mais plutôt à faire une sorte de petit clin d’œil décalé… Mais voilà, j’ai apparemment choqué certains esprits. Je reconnais ma culpabilité, j’ai osé faire de la poésie avec autre chose qu’un soleil couchant et du parfum de rose !

Cela m’apprendra…

Pour le reste, a-t-on le droit de parler de culbuter une femme dans un poème ? D’après mon Petit Robert, « culbuter une femme » signifie « la posséder sexuellement » avec une évidente connotation de vulgarité.

Evidemment, je ne supporte pas la vulgarité, et pourtant elle me réjouit en certaines occasions et je connais trop mon Baudelaire et mon Verlaine pour savoir qu’elle peut atteindre au sublime dès lors qu’elle est magnifiée par la poésie. Certes, ce n’était pas ma prétention, mais il semblait qu’elle était rédimée non pas par le talent mais par l’humour et la décontraction que j’y mettais.

Un manque de respect ?

Pas si évident que cela… Sauf si l’on est convaincu que l’amour physique se résume à un échange de caresses bien policées : « Excusez-moi madame, là, je vais vous basculer doucement sur le lit. Non, je ne vais pas froisser votre robe… Pardon, vous risquez de sentir quelque chose, mais je vous rassure, cela ne va pas durer longtemps ».

 

Bon, tout cela est assez ridicule et sans grand intérêt. En général je ne relève même pas. Il ne faut jamais perdre son temps avec des mesquineries. Comme je le disais récemment, vous ne pouvez pas changer les gens et surtout, plus grave, le temps consacré à leur répondre pourrait être employé bien plus utilement (il ne me reste plus qu’un mois et demi avant de rendre mon manuscrit). Mais si je parle de tout cela, c’est à valeur d’exemple. L’art, qui pourrait sembler être une sorte de sanctuaire où les préjugés n’ont pas lieu, ou l’esprit d’ouverture et de compréhension est bien plus large qu’ailleurs, n’est pas épargné par les esprits mesquins qui ne manqueront jamais de vous casser les pieds, pour peu que vous les choquiez un tantinet.

 

Cela me rappelle un peu les réactions des lecteurs fidèles à ma maison d’édition : La part commune. Celle-ci est connue pour être très littéraire, essentiellement tournée vers la poésie et les textes de qualité. Lorsque certains lecteurs arrivaient au stand et découvraient que j’y exposais mon essai sur « La vie sexuelle des grands écrivains », ils se tournaient vers mon éditeur, la mine contrariée, exprimant à la fois la surprise, le dégoût et la contrariété la plus vive du genre : « mais qu’est-ce qui vous prends de publier un truc pareil ? »

A croire que La part commune se mettait à faire quelque chose comme Entrevue et Paris Match. Pour ces lecteurs, convaincus d’être de grands connaisseurs de la littérature française et d’estimables défenseurs de l’atticisme de sa pensée, cet ouvrage était indigne d’un amoureux de la littérature. Eh bien voyez-vous, il en va de même que pour les réactions que j’ai reçues suite à ma poésie grivoise. Ce ne sont là que des gens ayant une connaissance superficielle de la littérature (ou qui vous jugent sans vous connaître).

Je parle de la vraie, de la grande…

Non seulement tous les grands écrivains (sans presque aucune exception) ont mené une vie extrêmement libérée, mais ne se sont pas gênés pour l’écrire et pour composer des récits des plus osés. A croire que cela occupait toutes leurs pensées. Et croyez-moi, lorsqu’ils écrivaient « baiser » ou « culbuter », il n’était absolument pas dans leur intention de manquer de respect aux femmes, mais d’évoquer plutôt de charmants souvenirs de vacances (ils se lâchaient d’autant plus dans leurs écrits privés, qu’ils se faisaient délicats et romantiques dans leurs romans, mais, fatigués par tant de romantisme littéraire, il fallait bien qu’ils décompressent un peu par quelques réjouissantes grossièretés)… Que celle qui n’a jamais été troublée par un langage un peu trop audacieux me lance la première petite culotte…

 

Je pense que l’art vraiment compris n’est pas la complaisance dans une sorte de médiocrité et de bien-pensée éthérée. C’est tout le contraire. Je ne parle pas de cette volonté éhontée de choquer qu’on peut retrouver dans l’art contemporain. Non, c’est l’acceptation d’une vie pleinement vécue dans ce qu’elle peut avoir de plus profus.

« Parce que tu es tiède, parce que tu n’es ni glacé ni brûlant, je te vomirais de ma bouche ». Ce passage de l’Apocalypse nous montre que les plus hautes destinées ne sont pas réservées aux gens en demi-teintes, aux timorés, aux pleutres, mais au contraire, aux saints, aux fous et aux grands pêcheurs. Être artiste, c’est se vouer pleinement à la nuit qu’on porte en soi, c’est explorer tous les sombres recoins de son âme. C’est la raison pour laquelle cet état ne supporte pas les demi-mesures. On peut se montrer léger et irrespectueux (des convenances, pas des femmes !) comme savaient l’être Balzac, Maupassant, Théophile Gautier ou grave comme Lautréamont ou Rimbaud, mais jamais médiocre. Les meilleures pages de la littérature ne sont pas écrites avec de l’encre mais avec la sueur recueillie sur la croupe encore frémissante de leur muse, avec l’alcool que le poète avale à grandes rasades pour oublier sa solitude et sa souffrance, avec le sang du désespéré qui ne peut faire autre chose que noircir ce qui sera le seul et ultime témoignage de son existence, avec la sueur de celui qui doit publier encore et encore pour pouvoir en vivre.

 

La littérature, si belle soit-elle, ne se recueille pas dans un champ de roses. Si elle est justement capable de si bien décrire la beauté éphémère et le parfum subtil de ces fleurs magnifiques que sont les roses et les femmes (c’est pour rattraper le coup avec Evajoe), c’est parce que son créateur s’est piqué à toutes les épines de l’existence (ça, par exemple, c’est du mauvais style) sans jamais prendre la peine d’aller chercher de quoi désinfecter ses blessures. Tout au contraire, il n’aura de cesse de les rendre plus douloureuses encore et tirera toute sa fierté à mépriser sa douleur en se tournant vers d’autres voluptés pour réaliser ce à quoi il aspire de tout son être : être quelqu’un qui vit pleinement sa vie, se consumant d’un feu qui éblouira les plus timorés que lui sans réchauffer pour autant les plus frileux…   

 

O Jeanne, sortilège,

Tu m'égares... Que sais-je

Ce qui m'est le plus doux ?

L'ambre de ton visage

Ou l'autre paysage

Que l'on voit à genoux ?

(Paul Valéry)

 


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