Je me suis presque fâché avec un de mes amis parisiens que j’avais hébergé chez moi pendant un jour ou deux (à l’époque où j’étais encore un peu sociable). Il avait commis ce qui constituait à mes yeux l’hérésie suprême : prendre un de mes livres pour aller le lire aux toilettes. En plus, je me souviens qu’il en avait pris un beau dont je prenais un soin particulier.
Déjà l’idée de voir la lecture, un acte presque sacré représentant ce qu’il y a de plus noble dans l’humain, associé à l’une des activités les plus triviales de l’homme, m’avait profondément révolté, mais le bibliophile que j’étais ne pouvais supporter l’image d’un livre précieux traînant dans les toilettes. Certains pourraient y voir une sorte de maniaquerie ridicule, mais cela ne m’avait pas empêché de lui passer un sacré savon (et pas seulement pour qu’il se lave les mains…).
D’autres amoureux des livres ont cependant un point de vue divergeant, comme Henry Miller : « Toutes mes bonnes lectures ont lieu aux toilettes. Il y a des passages d’Ulysse qu’on ne peut lire qu’aux toilettes – si on veut en extraire toute la saveur du contenu ». Cela dit, c’est particulièrement amusant, cocasse et truculent de voir le traitement qui est réservé à l’œuvre de James Joyce lorsqu’on connaît les fantaisies sexuelles de ce dernier !