A l’aube de l’humanité amoureuse, alors que l’homme est encore à l’état sauvage, qu’il gambade joyeusement dans les forêts primitives de la sensualité, se lève au loin l’astre rayonnant des premiers désirs. L’homme est encore nu de tout sentiment mais, de même que l’homme des cavernes à appris à tailler le silex afin de chasser le mammouth, l’homo-libidinis va acquérir peu à peu de nouvelles facultés qui vont progressivement élargir le champ de ses investigations sensuelles.
L’homme primitif est tenté de renoncer à l’idéal édénique de la pure jouissance charnelle. Dans la mesure où les femmes se refusent de plus en plus souvent à lui, il doit s’interroger et méditer sur une façon nouvelle de se comporter envers elles.
Quel bonheur serait pour l’homme s’il suffisait toujours d’éprouver un besoin, de le signifier à la femme, ne serait-ce que par des grognements ou des gestes suffisamment explicites, pour les voir aussitôt comblés ! Hélas, dans un monde de progrès, tout ce complique de plus en plus et l’homme qui ne sait pas s’adapter aux nouvelles exigences de la société aura bien du mal à prendre l’humanité en marche.
Peut-être que même, par un effet pervers de l’évolution des espèces, le désir du vagin doit-il être interprété comme le moteur essentiel de la civilisation.
Lorsqu’il y a bien longtemps, il suffisait à l’homme sauvage de vouloir la femme pour l’avoir, le monde des hommes était organisé autour de cette simplicité. Il cueillait des baies, empalait le mammouth sur des pieux en bois et attrapait la femme par les cheveux pour la posséder.
Puis, est venu une période de glaciation. Les baies ont disparues, les mammouths ont migrés et les femmes, avec le refroidissement, sont devenues frigides et ont commencé à s’opposer aux désirs pourtant naturels de l’homme. Alors, pour survivre dans ce monde hostile, celui-ci à dû s’adapter. De même qu’il inventa le feu pour se réchauffer, il se mit à inventer le désir pour réchauffer la femme et la rendre plus malléable à ses besoins.
L’invention du désir, un des grands oublis des paléontologues. Voici ce que pour l’instant on connaît avec une relative certitude :
Création de l’univers : 15 milliards d’années.
Naissance de la terre : 10 milliards d’années.
Apparition de la vie : 5 milliards d’années.
Apparition de l’homme : 5 millions d’années.
Et après, on a découvert successivement le primate arboricole, l’Australopithèque, l’homo habilis, l’homo erectus, l’homo sapiens, l’homo sapiens sapiens…
Tout ça c’est très bien, on s’est efforcé de retracer les différents paliers de l’humanité primitive :
Premiers outils : 3 millions d’années.
Premiers abris humains : 1,5 millions d’années.
Maîtrise du feu : 450 000 ans.
Enterrement des morts : 60 000 ans.
Très bien. Mais l’apparition du désir ? Le premier consentement féminin ? La première femme non violée ? Le premier compliment ?
On s’est bien efforcé de retracer l’habitacle naturel du Cro-Magnon, on a construit des villages primitifs avec reconstitution de scènes naïves où l’on voit le primate tailler des cailloux, construire une hutte, ou chasser le mammouth.
A quand la reconstitution de la première séduction ? L’homme qui tire la femme Cro-mignonne par les cheveux et l’amène auprès du feu afin de lui offrir un pénis de mammouth enveloppé dans la peau d’un primate d’une tribu rivale… Le premier chasseur qui apprivoise une jument sauvage afin d’offrir la première décapotable du monde à sa maîtresse…
Apparition de la séduction : 20 000 ans.
Sans doute un peu avant, mais il est très probable que la Vénus de Willendorf ou celle de Brassempouy ont été sculptées afin d’épater la première Cro-mignonne. Mais cet habile sculpteur de savait pas qu’avec lui l’humanité venait de faire un bond en avant. L’âge d’or s’acheminait à peu plus vers l’âge d’argent.
C’est la période correspondant au paléolithique supérieur. Vers 10 000 ans avant J.C., le climat se réchauffe, le mammouth disparaît et l’homme devient cultivateur. Il domestique successivement le chien, le mouton et la chèvre. Toujours pas de données précises pour la femme, mais à – 6000, avec l’apparition de la céramique, on suppose que la femme est définitivement domestiquée.
Les premières céramiques sont attestées au Proche-Orient. L’homme aurait découvert la technique de la poterie en constatant que l’argile qui recouvrait les branchages de leurs cabanes durcissait au soleil. A partir de ce moment, il fut donné à la femme une autre utilité que celle d’assouvir les besoins des hommes et de perpétuer l’espèce. Très tôt il lui fut assigné une place autour du foyer et un rôle primordial dans la préparation et la conservation des denrées.
Cet épisode dans l’histoire de l’humanité n’est pas anecdotique car peu à peu l’espace autour du foyer va être dévolu à la femme et devenir ainsi un espace de liberté. L’homme, en lui reconnaissant une certaine autonomie va lui donner une plus grande importance dans la hiérarchie tribale, et ainsi, de la fabrication de poterie néolithique aux réunions Tupperware va se développer un espace de liberté propice à l’émancipation de la condition féminine.
Invention de l’écriture cunéiforme : - 3200
Plus important : -3100, invention des toilettes. Les restes de toilettes en marbre poli, avec lunette en céramique intégrée, ont été attestés sur l’île d’Antiparos. Typique de l’art cycladique ancien. Cinquante ans après, apparition des premières disputes conjugales concernant l’utilisation et la monopolisation des sanitaires.
L’âge du bronze : - 1800 ans.
Probablement la véritable apparition historique de l’amour, mettant ainsi fin à des millénaires d’obscurantisme sentimental. Il va désormais falloir que le cœur de l’homme « se brise ou se bronze » car plus rien ne sera comme avant. L’homme a définitivement été chassé du paradis originel, celui où il suffisait de vouloir pour avoir.
Tout ça parce la femme à tenu à tout prix à goûter le fruit de la connaissance. Une pomme. Plus exactement une pomme d’amour. Alors l’homme fut chassé du paradis et la femme fut bien forcée de le suivre. La femme, en découvrant l’amour venait de faire découvrir à l’homme, par la même occasion, le malheur. Et le couple déchut, s’incarnant dans cette historicité ponctuée de quelques grands événements historiques, symbole de la lutte désormais inexorable de l’amour et de la haine. Peu à peu, l’amour des femmes proliféra sur toute la planète et partout il fut donné à l’homme de pouvoir aimer et de ne pas l’être. Cela engendra des déséquilibres qui favorisa au siècle dernier un effet de serre, le réchauffement de la terre et la disparition de la couche d’ozone…