Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /Fév /2010 00:10

Soirée Arte consacrée aux « écrivains et l’alcool ». Le reportage s’interroge naturellement sur le rôle de l’alcool dans la création artistique. « J’écris deux verres par heure » disait Dylan Thomas, le poète gallois.

Les poètes sont doute les artistes les plus touchés par cette tendance à puiser l’inspiration dans l’ivresse, au point qu’on considère comme leur apanage d’extraire le génie de la bouteille. Plus qu’à quiconque, on tolère leurs excès. Le poète se grise pour délier la langue… Et cela dure depuis longtemps, puisque dans l’antiquité même, dans les cultes dionysiaques, on considérait que le dieu du vin s’exprimait par la bouche des poètes, dont on finira naturellement par penser que la recherche du plaisir oblique fait partie de leurs attributs.

« Un verre d’absinthe, il n’y a rien de plus poétique au monde », Oscar Wilde.

Sans doute cela est-il dû à la nécessité où le poète se trouve d’explorer les nuits noires de l’âme. Toujours en quête de lieux inconnus, ils boivent pour aller plus loin et s’aventurer en terre inconnue, même si elle se nomme « enfer ». L’écrivain pratique son art morose dans la nuit solitaire. Il a besoin d’un remontant, en même temps qu’un puissant adjuvant qui soutiendra, croira-t-il, son imaginaire fatigué. Mais s’il est solitaire, il n’est jamais seul car plus qu’un autre homme, il est entouré de ses démons. Il attend la muse, mais ce n’est que son double démoniaque et maléfique qui vient frapper à sa porte, une créature hideuse commandant un cortège de démons que l’écriture ne suffit pas à exorciser.

Pour Baudelaire, « un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables ». Le poète, lui, se livre et se délivre, et cette délivrance est une véritable souffrance. L’écrivain souffre car il se libère en profondeur, seule façon d’être vrai, authentique et grand. « C’est pour souffrir et sentir d’avantage que je me livre à la boisson » avouait Dostoïevski. « Quand je bois, je souffre deux fois plus ». Cette souffrance est synonyme de lucidité. Le poète se fait enfin voyant. On en connaît le prix et cela ne surprend personne. Comme disait un autre auteur, « quand on est artiste, tout le monde attend de vous que vous vous autodétruisiez ».

Voilà pourquoi personne n’est surpris d’apprendre que la première échelle sociale que gravit l’écrivain (Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, Wilde, Roth, Hemingway, Lowry…) est celle de la soûlographie : rhum coca, cognac, puis whisky…  

Pour finir, belle anecdote concernant Hemingway. A sa mort, Dorothy Parker et une amie viennent lui rendre visite à la morgue. « Tu ne trouves pas qu’il est superbe ? » fait remarquer l’une. « Pas étonnant, répond l’autre, il n’a rien bu depuis trois jours ».

Enfin, c’était donc une intéressante soirée thématique. Je vais à présent attendre un coup de fil d’Arte pour le prochain reportage : « Les écrivains et le chocolat ».

 

 

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